« Skyfall » : blondeur et tremblements

Parenthèse comique ou désir refoulé, aux yeux du spectateur, Javier Bardem a des vues sur Daniel Craig. (Crédit: Francois Duhamel)

En 2006, Casino Royale me laissait presque indifférente. J’aimais l’idée d’un nouveau James Bond, plus sombre. La froideur de Daniel Craig ne m’avait pas convaincue. Je ne m’étais pas encore détachée de Pierce Brosnan qui avait incarné le personnage quatre fois, entre 1995 et 2002. Ce dernier avait du charme, de l’humour. En 2008, dans  Quantum of Solace, le blond aux yeux couleur piscine (encore plus clairs que ceux de Pierce) commence tout juste à m’apprivoiser. En 2012: Skyfall est à mes yeux le meilleur de la saga 007. Le lendemain de sa sortie, je parcourais la capitale à la recherche d’une séance disponible. Je me suis finalement retrouvée à la terrasse d’un café, bredouille. Il n’y a que James pour organiser son come-back un vendredi. Depuis, nous sommes plus de 5 millions de Français à nous être précipités dans les salles obscures, propulsant cette 23e mission à la tête du box-office. Trois raisons d’y avoir succombé (méga spoiler) :

Un James Bond humain. Skyfall achève le mythe d’un espion immortel. Ses faiblesses d’ordre sentimental se dévoilaient déjà aux côtés de l’hypnotisante Eva Green. Cette fois, 007 possède des failles à la fois psychiques et physiques. Une mission tourne mal, le héros est sévèrement blessé à l’épaule. Le MI-6 le croit mort. Après une «retraite» douce-amère au soleil, entre alcool et sexe (oui James est toujours aussi fougueux), il revient à la surface, prêt à défendre sa patrie. L’organisme lui fait passer des tests d’aptitude. C’est un échec. M feint une réussite: James est le seul agent en qui elle a confiance. Pour autant, James Bond perd en efficacité et met un peu de temps à se remettre sur pied. Lors de ces mêmes tests d’aptitude, un médecin lui demande de lui dire ce qui lui passe par la tête à chaque mot qu’il lui prononce. A l’écoute du mot «Skyfall», ce dernier se bloque, mystérieux. On comprend plus tard qu’il s’agissait du nom de la maison de ses parents, décédés sous ses yeux alors qu’il était enfant. On n’en apprend pas plus sur les circonstances de leur mort mais on devine que le côté obscur de sa force vient en partie de ce souvenir traumatisant. On pénètre dans l’intimité du héros: son passé trouble, sa relation complexe avec M en qui il doute parfois. Derrière les non-dits et le politiquement correct imposés par leur profession et leur position hiérarchique, se cache une réelle complicité, comparable au lien mère/fils.

Un James Bond (un peu plus) réaliste. Plus d’explosions par dizaines, de cascades improbables et de gadgets en tous genres. Le décor de Skyfall est moins hollywoodien que les épisodes précédents, l’univers du film moins manichéen.  On salue la démarche de Sam Mendes, son réalisateur, à qui l’on doit les percutants American Beauty et Noces Rebelles. L’organisation du MI-6 est elle-même remise en cause dans ce nouvel opus: le danger se propage de l’intérieur. L’organisme de défense n’est plus aussi droit qu’il n’y paraît: M a un passé dont elle n’est pas fière. Dans l’obligation de relocaliser l’Agence, cette dernière voit son autorité critiquée par Mallory, le nouveau président de l’ISC.

Un méchant bien choisi. Javier Bardem surprend et pas seulement à cause de ses cheveux teintés en blond. Après l’avoir vu en psychopathe dans le suffocant No Country For Old Men, puis à présent dans la rôle de Raoul Silva, je me dis que les rôles de méchant lui vont comme un gant. Il est doué pour interpréter la violence, la folie, la névrose. Coup de maître: cette scène ambigüe (qui a fait naître des éclats de rire dans la salle) où, face à son ennemi James Bond, il avoue à demi-mot son homosexualité.

Pour les nostalgiques: les belles filles répondent toujours présentes. Bérénice Marlohe n’apparaît pas longtemps à l’écran mais fait son effet. L’actrice vous dit quelque chose? Vous l’avez sûrement déjà vue ici. Un coup de jeune est simplement donné aux piliers de la franchise: Monsieur Gadget est un jeune geek (Ben Wishaw, vu dans Le Parfum), les bombes s’enclenchent d’un simple clic, le stylo-roquette de James est délaissé pour une arme plus basique. Même le générique sophistiqué, à l’ère du numérique, a le droit à un second souffle; avec la voix d’Adele choisie en bande sonore, ce dernier nous fait déjà aimer le film. En résumé : Bon. Ce film est bon.

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4 réflexions sur “« Skyfall » : blondeur et tremblements

  1. j’approuve ! J’étais moi meme assez réticente et pas très enchantée de voir un James Bond Blond (je n ai meme pas voulu aller voir les 2 derniers 007 !) mais j’ai été agréablement surprise par ce nouvel opus 😉

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