Le réalisme bluffant de « The Impossible »

La vitre tremble, Naomi Watts se retourne... La vague arrive. (Crédit: Concorde Filmverleih GmbH)

La vitre tremble, Naomi Watts se retourne… La vague arrive. (Crédit: Concorde Filmverleih GmbH)

Depuis quelques années, un nouveau concept émerge au cinéma: celui du film catastrophe « rationnel ». En 2008 sort Blindness. S‘ensuivent Contagion et Perfect Sense dans lequel Ewan McGregor, comme dans The Impossible, incarne l’acteur principal. Le point commun de ces trois longs métrages: la propagation inexpliquée d’un virus dans le monde. On est d’accord: il s’agit bien d’un scénario tiré par les cheveux.Mais la grande différence avec les autres films du genre, c’est que la mise en scène nous fait imaginer qu’une telle histoire pourrait très bien prendre forme dans le monde d’aujourd’hui. Pas de zombies, de monstres génétiquement modifiés ou d’objets volants non identifiés. Pas de Déluge, de foule en délire ni d’explosions en tout genre. Bref, pas d’artifices ni d’émotions surjouées. Plutôt une atmosphère angoissante, limite suffocante. The Impossible représente en bien des points ce registre de qualité.

Une histoire vraie. A l’origine du script, l’histoire des Alvarez Belon, une famille de touristes espagnols composée de trois garçons et de leurs parents qui survit par miracle au tsunami du 26 décembre 2004. Le fait que le film soit inspiré d’un évènement réel ajoute une autre dimension à ce type d’histoire que l’on rangerait facilement dans la catégorie « Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ». Le fait qu’ils se retrouvent -en vie- après une catastrophe naturelle d’une telle ampleur, et le fait qu’ils n’aient pas péri parmi les 5000 victimes, relèvent d’un miracle qui s’est bel et bien produit. L’équipe du film a d’ailleurs pris le soin de travailler en étroite collaboration avec Maria, la mère de famille, pour préparer au mieux Naomi Watts qui l’incarne dans le film.

Une mise en scène qui donne le frisson. Le réalisateur de The Impossible, Juan Antonio Bayona, est connu pour son thriller horrifique L’OrphelinatIl y a quelques mois, le trailer de The Impossible laissait croire à un scénario dans la même lignée: une bande-son stressante où une femme d’un certain âge chuchote des mots en espagnol qu’on ne comprend pas; au plan suivant: une jeune femme blonde -qu’on distingue à peine- lutte dans une eau trouble. En fond sonore: une musique grinçante, qui fait progressivement monter la tension. Le synopsis délivré, on sait désormais qu’il ne s’agira pas d’un film d’horreur. Pourtant certaines séquences sont particulièrement dérangeantes.

A commencer par l’instant où Naomi Watts est emportée par l’immense vague. Maria est secouée dans tous les sens, emportée par un courant incontrôlable, percutée de tous les côtés par de nombreux débris. Je ressens presque sa douleur lorsqu’elle se cogne la tête ou que sa poitrine est transpercée par des branches d’arbres. Parfois même, je n’ose pas regarder l’écran devant la violence des images. Cette scène m’a fait penser au passage similaire vécu par Cécile de France dans Au-delà (Clint Eastwood, 2010). Les blessures de Maria suite à ce périple sont aussi réalistes que repoussantes. L’hôpital qui l’accueille en Thaïlande constitue lui aussi un décor réaliste: le sol est noirâtre -un mélange que l’on imagine fait de boue et de sang-, le service manque de personnel, les victimes ne crient pas ni ne courent dans tous les sens. Elles restent muettes, rongées par la souffrance -à la fois physique et morale. Elles ont peur de ne pas retrouver leurs proches. Chaque détail est intelligemment travaillé.

Une actrice crédible. Jusqu’à présent, je trouvais Naomi Watts plutôt fadasse. Ici, l’émotion transmise par le film passe en grande partie par son jeu. La douleur physique est jouée à merveille au même titre que la tristesse et le désarroi. La scène finale m’a particulièrement touchée: lorsque Maria s’envole vers un avenir plus sécurisant, elle regarde par le hublot et voit un paysage dévasté. Elle se met à pleurer. J’imagine sa pensée: « j’ai réussi à m’en sortir, à échapper avec ma famille à ce désastre… Et ceux qui n’ont pas survécu? ». Maria est médecin. Son côté humaniste ressort d’autant plus au moment où -après le passage du raz-de-marée-, elle s’obstine à prendre en charge un petit garçon perdu, alors que son état de santé atteint un niveau critique et qu’elle n’a toujours pas rejoint les siens. Les trois acteurs qui jouent ses fils sont eux aussi touchants. Dans The Impossible, contre toute attente, on ne tombe pas dans le mélodrame larmoyant. On est face à un drame respirant la vraisemblance et la justesse.

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