« Royal Affair » vs. « Anna Karénine » : quel triangle amoureux préférez-vous ?

Alicia Vikander est-elle la nouvelle Keira Knightley ? (Crédit: Universal Pictures/Chrysalis films)

Alicia Vikander est-elle la nouvelle Keira Knightley? (Crédit: Universal Pictures/Chrysalis films)

Je n’ai jamais été fan des films en costumes. A mes yeux, ils s’apparentent le plus souvent à des histoires vulgaires, où règnent sexe à outrance et décadence. Particulièrement dans les films français. Ayant vu le nombre de critiques élogieuses à l’égard de Royal Affair, je n’ai pas longtemps hésité, fin novembre, à aller le découvrir en salles.
Moins d’un mois plus tard, une affiche prometteuse glisse l’égérie Chanel dans la peau d’Anna Karénine. Je tombe sous le charme. Deux films en costumes, deux films où sont mis en scène libertinage et triangle amoureux. En dépit de mes aprioris, je n’ai ni été déçue, ni été agacée mais plutôt agréablement surprise. L’occasion de mettre les deux chefs d’oeuvres sur un ring et de débattre lequel des deux convainc le plus.

La Belle

Dans Royal Affair, réalisé par le danois Nikolaj Arcel (Millénium), Alicia Vikander interprète la reine Caroline-Mathilde. La jeune actrice est considérée comme LA découverte de l’année. Et il y a franchement de quoi. Tout chez elle rime avec douceur et romantisme. Son visage juvénile. Ses émotions tendres et passionnées. D’autres voient en elle la nouvelle Keira Knightley. Elle joue d’ailleurs la rivale d’Anna Karénine dans le rôle de Kitty. J’ai été touchée par cette reine intellectuelle, qui se résigne -malgré le dégoût qu’elle éprouve envers son époux- à se plier aux conditions de vie que lui impose son statut. J’admire sa force de caractère. On a beau lui manquer de respect, elle ne se laisse jamais (complètement) marcher sur les pieds. Au même titre que son amant, elle dégage quelque chose d’héroïque. Comme lorsqu’elle explique à ses enfants dans une longue lettre –qui sert de trame au film- les valeurs qu’il faut défendre pour garantir au royaume un avenir paisible.

Jamais deux sans trois: après Orgueils et préjugés en 2005, puis Reviens-moi en 2007, le réalisateur Joe Wright fait appel à sa muse Keira Knightley pour le rôle clé du grand roman de Léon Tolstoï, paru en 1877: Anna Karénine (la publicité Coco Mademoiselle où la belle joue l’espiègle, on la doit aussi à ce cinéaste). Dans cette tragique histoire d’amour, l’habituée des films en costumes (qu’on ne présente plus, donc) joue son personnage à la perfection. Comme Caroline, elle fait partie de l’aristocratie. Mariée à un haut fonctionnaire depuis ses 18 ans, elle se satisfait d’un quotidien qui ne l’épanouit pas tout à fait. Là-encore comme la reine danoise, elle se sent un peu prisonnière de sa vie. Chez Anna, ce qui me plaît c’est le lâcher-prise qu’elle s’accorde sans remords. Elle se moque des règles même si ses actes finissent par se retourner contre elle. Elle agit sous l’impulsion, sans retenue. Et cette folie, dans laquelle elle sombre peu à peu… lui colle si bien à la peau.

Le Bon

Dans les deux films, la scène du coup de foudre entre les héroïnes et leurs amants est identique: il s’agit d’une danse lors d’un bal. Typique des films d’époque, certes, mais la magie opère, tant pour les protagonistes que pour le spectateur. La première tombe amoureuse d’un idéaliste influencé par Voltaire et Rousseau: le médecin Struensee (Mads Mikkelsen). La seconde d’un jeune officier flambeur du nom de Vronski (Aaron Taylor-Johnson). Niveau sex appeal, le point est sans hésitation pour Vronski (même si je préfère les bruns ténébreux aux blonds et les barbes de trois jours aux moustachus). Difficile de résister au magnétisme de ses yeux bleus. Son regard perçant fait chavirer toutes les comtesses. Il sait en tirer profit… Peut-être un peu trop, brisant le cœur de celle qu’il aime le plus… Au niveau de la personnalité, le point est pour Struensee dont j’apprécie les principes et la conviction. Sa faiblesse est plus grande encore que celle de Vronski qui ne se limite qu’à ignorer l’existence du mari d’Anna Karénine pour vivre pleinement sa liaison. Struensee va plus loin encore: il se sert du roi Christian VII pour arriver à ses fins (politiques).

La Brute

Le mari d’Anna Karénine, interprété par Jude Law (qu’on assimile d’habitude au beau gosse) est autoritaire et austère. Il ne sourit jamais, ne plaisante jamais, ne se montre jamais attentionné. Ne croit qu’en Dieu et en la politique. Pas étonnant qu’Anna ne soit pas heureuse (et qu’elle trouve refuge auprès du fougueux Vronski…). Le roi Christian VII quant à lui, ne fais pas vraiment bonne impression auprès de Caroline lors de leur première rencontre: odieux, il l’humilie en public. Elle n’est pas au bout de ses surprises: il la trompe en sa présence, se comporte comme un enfant gâté (il lui arrive même de l’appeler «mère»). Atteint d’une maladie psychique, il est tantôt colérique tantôt paranoïaque, totalement imprévisible. Son rire hante encore mes oreilles. Mikkel Boe Folsgaard mérite amplement son Ours d’argent pour avoir incarné ce personnage à la fois effrayant et touchant.

Verdict

Royal Affair raconte la passion dévorante entre deux êtres qui ont réellement existé. Le film dépeint l’origine historique d’une Europe en mutations. Alicia Vikander est assez bluffante pour un début. Trois raisons qui ont sans doute propulsé le long métrage dans la course aux Oscar. Pourtant, je garde une préférence pour Anna Karénine. Et pas seulement pour l’histoire d’amour. Pour le «théâtre mouvant» qui lui sert de décor; pour ce ballet incessant de personnages secondaires atypiques (l’euphorique Stiva, l’amoureux transi Kostya)… Pour ce gros plan sur les roues du train à vapeur qui apparaît de plus en plus souvent à mesure que l’on avance dans le film… Comme un message annonçant son dénouement tragique. En bref: un tourbillon d’émotions et une mise en scène parfaitement maîtrisés.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s