Dans le monde d’Hushpuppy

Rebelle et attendrissante, Quvenzhané Wallis est la Mimi Cracra du bayou. (Crédit: Cinereach)

Rebelle et attendrissante, Quvenzhané Wallis est la Mimi Cracra du bayou. (Crédit: Cinereach)

Ce qu’il y a de bien avec les films indé c’est leur capacité à surprendre le spectateur de façon systématique. Le premier long métrage du New-Yorkais Benh Zeitlin, récompensé à Deauville et à Cannes, laisse sans voix. Trois raisons de succomber à sa magie.

Un conte semi-fantastique

Les Bêtes du sud sauvage raconte la survie d’une fillette de cinq ans, Hushpuppy, et de son père, Wink, après le passage en 2005 de l’ouragan Katrina, à La Nouvelle-Orléans. Dans cette aventure sur fond de drame, plusieurs éléments relèvent de la magie. A commencer par ces croyances enseignées à Hushpuppy dans cette petite école sur piloti. Le professeur annonce à ses élèves que la fin du monde se fera avec l’arrivée d’aurochs, des monstres qui dévorent tout sur leur passage. La vision de ces créatures cruelles hante Hushpuppy et leur présence se fait de plus en plus menaçante à mesure que l’on avance dans le film, de sorte que l’on se demande s’ils font partie de l’imaginaire de l’enfant ou de la réalité. On s’aperçevra plus tard que le réel danger vient d’ailleurs: de la tempête destructrice; de la montée des eaux sur le point de faire disparaître le village d’Hushpuppy; du barrage qui sépare les habitants du reste du monde, comme s’ils étaient considérés comme des indésirables. La magie est aussi palpable à travers de magnifiques jeux d’ombres et de lumières. Deux scènes me viennent en tête: celle d’ouverture (immortalisée sur l’affiche du film) où les habitants du bayou déclenchent des feux d’artifice et une deuxième où Hushpuppy et ses amies entrent dans un restaurant à l’ambiance tamisée.

Une ode à la nature

La Nouvelle-Orléans est filmée avec délicatesse. Le bruit du vent dans les branches d’arbres, celui des animaux… Le spectateur est transporté avec douceur dans le monde d’Hushpuppy. La fillette fait de cet univers à la fois apaisant et effrayant son terrain de jeux favori. Elle écoute le cœur des bêtes qui l’entourent: des chats, des poules, des crabes… Elle leur parle, essayant de décrypter leur langage. Après le passage de l’ouragan, lorsque les habitants du village sont transportés de force dans l’hôpital de la ville, de l’autre côté du barrage: ils se sentent déracinés, insultés. On comprend leur douleur, leur colère. L’environnement urbain auquel ils sont confrontés semble tout à coup insignifiant, démoralisant.

Une relation père-fille qui sort de l’ordinaire

A la recherche du bonheur, Une vie meilleure… ce n’est pas la première fois qu’une relation entre un père et son enfant, face à l’abandon de la mère, ou dans une situation difficile, est racontée au cinéma. Adaptée d’une pièce de Lucy Alibar (une amie du réalisateur), Les Bêtes du sud sauvage est ce genre d’histoire qui m’a le plus émue. Wink, ce père souffrant, fait tout pour que sa fille devienne la plus forte possible -sur le plan physique comme sur le plan mental- la préparant aux aléas de la vie.  Il l’élève à la dure, presque comme s’il s’agissait d’un garçon: les câlins sont rares, les pleurs ne sont pas tolérés, les jeux de fille ne sont pas partagés. La téméraire Hushpuppy, malgré l’absence d’une mère qu’elle ne cesse de rechercher, se plie aux règles, défiant sans relâche son père: elle crie sa rage en montrant fièrement ses «biscottos», elle pêche à la main un poisson, chouine à peine si elle se blesse, décortique un crabe en le frappant avec son poing… Cette relation -si unique- qui lie Wink à Hushpuppy est très touchante. On devine que derrière le visage sévère du père se cache un amour démesuré pour sa fille. On ressent le terrible manque d’affection maternelle de la fillette. Et cette scène au fameux restaurant, combien de larmes versées? La petite Quvenzhané Wallis, âgée de 9 ans maintenant,  fera à coup sûr partie des grands d’Hollywood. Sa nomination aux Oscars en est le signe incontestable.

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