La mode à l’honneur rue de Rivoli

Digne d'une scène de bal, la scénographie de la salle Saint-Jean envoûte le visiteur. (Crédit: Marc Verhille/Mairie de Paris)

Digne d’une scène de bal, la scénographie de la salle Saint-Jean envoûte le visiteur. (Crédit: Marc Verhille/Mairie de Paris)

Sous les projecteurs des podiums lors de la Fashion Week parisienne, comme pour la faire durer, la mode se contemple en ce moment dans les vitrines des musées. Deux expositions la célèbrent à travers le temps. La première, aux Arts Décoratifs, retrace son évolution en Europe de 1700 à 1915. La seconde, à l’Hôtel de Ville, prolonge son Histoire jusqu’à nos jours sous l’angle de la Haute Couture.

«L’Impressionnisme et la mode» dont je vous avais parlé ici m’avait en quelques sortes préparée à ce qui m’attendait à l’exposition «Fashioning Fashion». Corsetages, corps à baleines, jupons, paniers, crinolines et autres dessous de torture inconfortables; tenues adaptées aux activités de la journée (heure du thé, promenade en forêt, balade en barque); matières pensées comme signes de richesse… Les caractéristiques propres à la mode des XVIIIe et XIXe siècles me sont désormais familières. Ici, la scénographie de l’exposition permet d’apprécier un costume dans ses moindres détails, de connaître au plus près les techniques de confection, la qualité et la subtilité des soieries, des broderies et des décors. Les silhouettes masculines sont aussi travaillées que les silhouettes féminines. A la vue des boucles apposées sur le dessus de leurs chaussures, et plus tard à celle de leur haut-de-forme et montre à gousset (là aussi symboles d’aisance sociale), je me dis qu’il doit s’agir de la seule époque où les hommes étaient aussi coquets que les femmes.

J’ai été surprise par une paire de cuissardes de 1900 (qui aujourd’hui, conviendrait parfaitement à Rihanna) et émerveillée par la sublime robe de cour à traîne de Marie II du Portugal, en satin et broderie de laine, qui fait penser à la collection automne-hiver 2012 Dolce & Gabbana. De manière générale, j’ai le plus souvent été séduite par les motifs des robes (l’influence de l’Orient et de l’Asie; la tapisserie et la décoration d’intérieur comme sources d’inspiration) que par leurs formes (à la française, à l’anglaise, à la polonaise). La partie la plus intéressante de l’exposition réside à mes yeux dans la dernière vitrine où sont mis en lumière la mode orientaliste de Paul Poiret et des Sœurs Callot, les débuts de la Haute Couture et l’élégance sensuelle des années folles.

Les Choses de Paul Poiret vues par Georges Lepape, Paris, 1911. Gravure  rehaussée au pochoir.

« Les Choses de Paul Poiret vues par Georges Lepape », Paris, 1911. Gravure rehaussée au pochoir.

«Paris Haute Couture» est plus convaincante. A commencer par la première partie de l’exposition où sont expliquées les conditions requises pour que la maison d’un couturier soit qualifiée de Haute Couture; les différents métiers qui existent au sein d’une maison, les fameuses «petites mains» (premières d’ateliers, secondes, apprêteuses, garnisseuses, brodeuses, arpettes) dont les gestes précis et délicats sont immortalisés sur de jolis clichés en noir et blanc. Les dessins des couturiers sont présentés comme de véritables supports de réflexion. Les croquis des «modèles pour l’hiver 1928» de la maison Agnès et «Les Choses de Paul Poiret vues par Georges Lepape, Paris, 1911» m’ont particulièrement plu.

Les tissus précieux sont révélés progressivement au public. D’abord, des fragments de la collection printemps-été 2012 Karl Lagerfeld pour Chanel: une fleur en tissu recouverte de cristaux Swarovski, un patron en toile de coton où sont délimitées au crayon les zones destinées à l’apposition de triple organza et le produit fini: une robe et un boléro brodés de bijoux Montex. Ensuite, une robe du soir en lamé Jeanne Paquin étalée sur un support, comme habitée par le fantôme d’une femme allongée sur le dos. Enfin, des plumes retravaillées et des échantillons de broderies créés par la Maison Lesage pour Yves Saint Laurent. Le clou du spectacle se trouve au pied des marches de marbre: une scène de bal où les messieurs ne sont pas invités. En réalité, des robes emprisonnées dans des cages de verre, à perte de vue. Datant du début du XXe siècle à nos jours, elles sont une centaine à être exposées, prêtées pour l’occasion par le musée Galliera, en travaux jusqu’en septembre. Impossible de toutes les décrire. Cela gâcherait votre plaisir. Sachez juste que chacune possède sa particularité. Chacune dégage une émotion différente. Et combien il est agréable de se perdre dans ce dédale de sublimes créations.

Parfois, nul besoin de lire les écriteaux pour identifier la patte du génie-couturier: le jean « punkisé » de Jean-Paul Gaultier, les courbes tape-à-l’oeil chez John Galliano, la simplicité raffinée pour Hubert de Givenchy, les coupes futuristes propres à Thierry Mugler. Malgré de très belles pièces fifties Christian Dior, je garde une préférence pour les modèles des années folles. Coups de cœur donc pour la robe du soir «Bel oiseau» Jeanne Lanvin et les gants en veau-velours façon Catwoman Schiaparelli, serties de griffes d’or. En guise de conclusion, un écran-miroir diffuse des vidéos d’archives. A sa droite: deux tailleurs Chanel. Le premier créé par Coco, le second par Karl. Seules différences: la présence du noir et du blanc s’inverse d’une silhouette à l’autre et des boutons disparaissent. Le message est clair: la Haute Couture est intemporelle et la mode en général est une question de subtil recyclage.

« Fashioning Fashion. Deux siècles de mode européenne ». Musée des Arts Décoratifs, Paris 1er, métro Tuileries. Jusqu’au 14 avril 2013.

« Paris Haute Couture ». Hôtel de Ville, salle Saint-Jean, Paris 4e, métro Hôtel de Ville. Jusqu’au 6 juillet 2013.

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Une réflexion sur “La mode à l’honneur rue de Rivoli

  1. c’est incroyables ces talents , on n’imagine même pas qu’ils connaissent le mot retouche ou replay ou refaire.. bravissimo!!
    Belou de La Plaine

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