A Bruxelles, la miraculeuse reconversion d’un cinéma des années 1930

La galerie principale du centre culturel. Dans le fond: le bureau d'architectes de Caroline et Oldo Pabis. (Crédit: DailyMeg)

La galerie principale du cinéma transformé en centre culturel. Dans le fond: le bureau d’architectes de Caroline et Oldo Pabis. (Crédit: DailyMeg)

A l’occasion des «Quartiers en fête» qui permet aux touristes et habitants belges de découvrir la capitale européenne, la famille Pabis ouvre les portes de son centre culturel. Elle me raconte son engouement pour cet endroit initialement à l’abandon.

Samedi 23 mars. 14 h 58. Les rues commerçantes du quartier Bascule-Louise sont quasi désertes. Sans doute à cause du froid et de la grisaille. Au 55, rue de Praetere, une façade attire l’œil, celle d’une maisonnette en bois, peinte en bleu ciel, entre deux immeubles ordinaires.  Au sol, des affiches prônent l’évènement «Bruxelles Bienvenue». Une invitation à franchir la porte d’entrée. Derrière elle, un espace lumineux, aéré, une petite galerie d’art où sont exposés des tirages en noir et blanc. Caroline Pabis, propriétaire du lieu, vient à ma rencontre pleine d’entrain. Les cheveux auburn légèrement méchés et le regard azur, l’architecte d’une cinquantaine d’années  m’invite à découvrir cet espace culturel atypique. Elle a installé son bureau dans cet ancien garage avec son mari Oldo, également architecte, il y a sept ans. Depuis 2008, le couple est le propriétaire de la salle de cinéma avoisinante. Leur fils Benoît, âgé de 26 ans, y a fondé Projection Room, une association composée de jeunes artistes dont l’objectif est de promouvoir la création à travers des expositions d’art contemporain, des concerts de jazz ou de musique classique. A l’arrêt pour manque de moyens, le collectif compte reprendre ses activités à partir du mois de septembre 2013.

Lorsque la famille Pabis a découvert le lieu, il s’agissait en partie d’une ancienne droguerie située chaussée de Waterloo. Une fois la bâtisse acquise, «ils ne savaient pas trop quoi en faire». Leur premier réflexe en tant qu’architectes a été d’introduire un permis de bâtir pour transformer l’endroit en loft. Ils l’ont obtenu dans un délai record, «ce qui est très rare en Belgique» ajoute mon interlocutrice, le sourire en coin. Une fois le feu vert donné, le couple trouvait dommage de «massacrer cette belle salle». Ils ont alors décidé de la laisser en état jusqu’au moment où une opportunité se présenterait. C’est à ce moment là que leur fils entre en scène en organisant une première exposition de photographies et de peintures dans la salle de projection de l’ancien cinéma. A ses yeux, le lieu d’expression artistique idéal. Les expositions se multiplient, en dépit de l’exigence de certains artistes. Ils poursuivent alors les travaux et peaufinent le plancher dans la salle de cinéma. Le centre culturel tant rêvé prend vie.

Un lieu de diversité culturel bouillonnante et vivante

Au 55, rue de Praetere, plus de 7000 artistes et visiteurs ont défilé en deux ans. Pour le plus grand bonheur de ses propriétaires. (Crédit: DailyMeg)

Au 55, rue de Praetere, plus de 7000 artistes et visiteurs ont défilé en deux ans. (Crédit: DailyMeg)

En bien des points, ce centre culturel ne ressemble à aucun autre. D’abord au niveau de son architecture: avec pour cadre un bâtiment des années Charleston, le vieux cinéma de quartier «fait vraiment partie de l’histoire des habitants». Des personnes d’une soixantaine d’années viennent souvent visiter les lieux. «Ca réveille un sentiment de nostalgie» s’enthousiasme Caroline. Le centre culturel dégage du charme, notamment grâce à son côté vétuste, dans l’esprit des centres culturels des pays de l’Est: l’Allemagne, la Hongrie, la Pologne dont est originaire Oldo. Elle insiste sur la nécessité d’équiper le lieu au niveau technique tout en le laissant dans un état brut: «Nous ne voulons pas d’une salle bien alléchée, bien moderne comme on en voit beaucoup ».

Au niveau des activités qui s’y déroulent, la lumière est mise sur le travail des jeunes de moins de trente ans, encore étudiants ou qui sortent des écoles supérieures des beaux arts: visuels pour celle de La Cambre, graphiques pour celle de l’E.R.G., architecturaux pour celle de Saint-Luc (La plupart d’entre elles sont rassemblées à Bruxelles). Un concept fort en prime: le montant de l’entrée de chaque concert ou pièce de théâtre organisée par Projection Room ne dépasse jamais six ou sept euros.

«Ce qui est très stimulant dans ce lieu, c’est la rencontre de toutes sortes de mondes différents: un jour mon fils côtoie des peintres, deux jours après, il rencontre des musiciens classiques puis le lendemain des comédiens». Une diversité «bouillonnante et vivante», voilà la source d’énergie du centre Pabis.

D’une capacité de 500 places, la salle de cinéma accueille des spectateurs pour des concerts ou des pièces de théâtre.  Elle manque encore de moyens pour projeter des films. (Crédit: DailyMeg)

D’une capacité de 500 places, la salle de cinéma accueille des spectateurs pour des concerts ou des pièces de théâtre. Elle manque encore de moyens pour projeter des films. (Crédit: DailyMeg)

«Un tremplin pour la jeunesse»

Caroline conclut sa présentation en me parlant des fameux tirages en noir et blanc: des scènes de vie à Kolodozero en Carélie (une région du Nord de l’Europe) avec pour personnage central le Père orthodoxe Arkadi, un barbu aux airs de hipster. «Le photographe, un ami de Benoît, a voulu montrer que la renaissance du village n’a été possible que grâce à la construction de l’église et à la foi de ses habitants, tandis que les villages environnants, abandonnés, sont en train de mourir».

Oldo prend la relève. Le regard rieur, du même bleu que celui de son épouse, le Polonais me fait visiter les autres pièces –1000 m2 de couloirs, d’escaliers et de pièces exigües où figurent l’ancienne salle de projection -reconvertie en salle d’exposition- et le lieu-roi: la salle de cinéma. La grande pièce est sombre, venant contraster avec la galerie principale et le bureau des propriétaires. L’écran est avancé, des coussins beiges -apposés sur des estrades-, servent de sièges modulables; seuls trois fauteuils rouges, typiques des salles de cinéma, restent cloués au sol.  «C’est un lieu magique», s’émerveille-t-il. Puis le regard plus éteint, l’architecte évoque leurs difficultés financières: 50.000 euros manquants pour mettre sur pied la salle de projection, «du staff  de quatre ou cinq personnes». Il considère avant tout le lieu comme un «véritable tremplin pour la jeunesse».

Sur scène, des musiciens –Fabian Forini et Bart Maris– s’exercent au piano, à la basse, à la batterie. Ils préparent leur concert de 15h30, prévu spécialement pour les «Quartiers en fête». «C’est leur première rencontre, c’est aujourd’hui qu’ils se racontent des histoires. C’est une improvisation musicale» explique Oldo. Quelques notes de musique en tête, je rebrousse chemin et refranchis la porte bleue en bois. La rue est toujours vide.

Publicités

Une réflexion sur “A Bruxelles, la miraculeuse reconversion d’un cinéma des années 1930

  1. j’aime bp bp la chute de l’article, une trouvaiile (encore une), dans le style rédactionnel, qui, sans photos ni son, nous plonge dans ton émotion ressentie quand tu es ressortie de ce bouillon bien attirant..

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s