Jacques Demy, ce fabricant de rêves

La muse hypnotisante de Jacques Demy, Catherine Deneuve, dans "Les Parapluies de Cherbourg" (1963).

La muse de Jacques Demy, Catherine Deneuve, dans « Les Parapluies de Cherbourg » (1963).

Je n’ai vu que deux films de Jacques Demy: Les Demoiselles de Rochefort (1967) et Peau d’âne (1970). J’ai dû les découvrir à l’âge de huit ou neuf ans; aussi mes souvenirs qui en découlent ne sont pas nombreux: deux femmes coquettes qui chantent sur une place et une drôle de rose parlante. La rétrospective consacrée au réalisateur à la Cinémathèque française m’a non seulement rafraîchi la mémoire mais m’a aussi permis de mieux cerner son univers.

La scénographie de l’exposition -à laquelle j’attache toujours une importance particulière- est réussie: j’ai pu me projeter dans les films de Jacques Demy à travers les décors qui recréent leur atmosphère: une rue, un salon au papier peint coloré, une boutique… J’ai fait la connaissance du cinéaste côté vie privée: son enfance, ses dessins, une pellicule bricolée de ses mains, des clichés qui l’immortalisent sur un tournage (réalisés par son épouse Agnès Varda), les copies de ses films préférés qu’il collectionne et montre en boucle à ses enfants, ses peintures qu’il multiplie à la fin de sa vie, au moment où le cinéma «ne le rend plus heureux». De véritables parapluies de Cherbourg sont disponibles à la vente dans la boutique du musée où, sous une cloche en verre, pour le plaisir des yeux, trône un gros Cake d’Amour conçu par la maison Dalloyau, en référence au dessert concocté par Peau d’âne (les plus gourmands peuvent acquérir un modèle réduit tout aussi appétissant sur le site de la pâtisserie). Parmi ces trésors, des perles de savoir: dans une interview, Harrison Ford affirme qu’il avait été initialement choisi par Jacques Demy pour incarner George dans Model Shop. Enfin, un plus pour le jeune public : en parallèle des écriteaux destinés aux adultes, de petites pancartes à l’attention des enfants expliquent de façon ludique le parcours du réalisateur-enchanteur.

Car c’est bien de cette façon qu’est présenté ici Jacques Demy. Un enchanteur. Un fabricant de rêves. Le créateur d’un monde où la magie est liée au réel, où la tristesse est dissimilée par la joie, où le destin met en jeu le bonheur, où l’amour et la mélancolie règnent en maîtres. Et où la féminité est sublimée. C’est ce dernier aspect de l’univers du réalisateur, disparu en 1990, qui m’a le plus marquée. Au départ, à travers une réplique du corset porté par Anouk Aimée dans Lola, puis dans la même pièce des extraits de La Baie des anges où apparait Jeanne Moreau, sous les traits d’une Marilyn Monroe française, à couper le souffle en blonde platine. Ensuite ce visage parfait, d’une beauté éblouissante: celui de Catherine Deneuve dans Les Parapluies de Cherbourg. L’une des muses de Jacques Demy qui avoue s’être sentie «unique» grâce à lui. Plus loin les robes volumineuses et étincelantes de Peau d’âne recréées pour l’occasion par Rosalie Varda (à l’exception de ladite peau, les costumes originaux étaient en trop mauvais état pour être exposés). Dans la pièce suivante : une féminité ambigüe, à la fois refoulée et assumée dans Lady Oscar et L’Evènement le plus important depuis que l’homme a marché sur la lune. La série photo réalisée par Mathieu Demy pour le magazine Elle retranscrit joliment cette sensualité avec les actrices célèbres de notre époque.

Associées à la Nouvelle Vague et aux comédies musicales américaines, les œuvres de Jacques Demy ont bouleversé l’histoire du cinéma français. En sortant de la Cinémathèque, je comprends en quoi ces héros tendres et émouvants en ont enchanté plus d’un.

« Le monde enchanté de Jacques Demy ». La Cinémathèque française, Paris 12e, métro Bercy. Jusqu’au 4 août 2013.

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