L’adolescence vue par Jeff Nichols

Tye et Jacob font la rencontre inattendue de Matthew, l'homme au tatouage de serpent et à la chemise porte-bonheur. (Crédit: James Bridges/Neckbone Productions)

Tye et Jacob aperçoivent le mystérieux Matthew, l’homme au tatouage de serpent et à la chemise porte-bonheur. (Crédit: James Bridges/Neckbone Productions)

Je pourrais vous parler de Matthew McConaughey et de son charisme fou (même grimé en clodo Robinson Crusoé). Des apparitions de Reese Witherspoon -en jolie blonde paumée- qui se comptent sur les doigts d’une main. De l’une d’elles, la dernière, particulièrement émouvante. Du fleuve Mississippi et de la nature en général, filmés avec élégance. De cette fusillade en guise de rebondissement final qui vous prend aux tripes. Du rêve inatteignable du héros –un amour impossible- qu’il poursuit avec une détermination inépuisable. De l’espoir qui fait vivre…

Je pourrais mais ça serait minimiser l’émotion qu’apporte l’un des personnages principaux de Mud: le jeune Ellis interprété par Tye Sheridan (vu en benjamin de fratrie dans The Tree of Life de Terrence Malick). Le garçon de 14 ans (16 ans dans la vraie vie) est pour moi la grande claque de ce film. Avec du recul, il y avait longtemps que je n’avais pas vu d’adolescent aussi attachant au cinéma. Ce qu’Ellis traverse, son histoire, sa personnalité, à la fois singulière et représentative de cette période de la vie, m’ont beaucoup émue: son goût de l’aventure, partagé avec son acolyte Neckbone (Jacob Lofland); la ville qui le révulse; la relation pudique qu’il a avec son père; son premier coup de foudre; sa tristesse et son impuissance face au divorce de ses parents; son admiration pour Mud qu’il considère comme son mentor; sa sensibilité; cette volonté inébranlable de sauver l’amour qui s’effrite peu à peu autour de lui…

Trois scènes tournent encore dans ma tête: la première où Ellis verse des larmes, désemparé, lorsque la lycéenne dont il est tombé amoureux, l’humilie devant sa bande en lui annonçant fièrement qu’il n’a rien à attendre d’elle; la deuxième où il crie sa rage auprès de Mud, ce héros tout compte fait escroc qui «s’est servi de lui» pour reconquérir sa belle, et la dernière où après le divorce de ses parents, alors qu’il emménage avec sa mère dans une nouvelle maison, il croise deux jolies voisines, le sourire aux lèvres, et réalise que l’amour n’est finalement pas mort… Dans le genre tête brûlée, Neckbone n’est pas mal non plus en ado touchant. Sorte de mini James Dean sur sa mobylette, ce dernier m’a gagné par le rire en enchainant les petites blagues.

Inspiré par Les Aventures de Tom Sawyer, un grand classique de la littérature américaine, le réalisateur Jeff Nichols (Take Shelter) a voulu «essayer de capter l’essence de la jeunesse, ce rapport au monde très particulier qu’on a quand on est gosse» (Première n°434). L’essai est plus que concluant. Nommé dans huit catégories au Festival de Cannes en 2012, Mud figure sans aucun doute parmi mes coups de cœur de l’année 2013.

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