« Stoker », perle de frisson

La leçon de piano très particulière d'oncle Matthew. (Crédit: Twentieth Century Fox France)

La leçon de piano (très) particulière de l’oncle Matthew. (Crédit: Twentieth Century Fox France)

Le thriller horrifique réalisé par le Coréen Park Chan-Wook (Old Boy) est toujours en salles. Trois bonnes raisons de prendre votre courage à deux mains et de franchir les portes de votre cinéma préféré.

Une intrigue malsaine brillamment pensée

L’histoire imaginée par Wentworth Miller (le beau gosse tatoué que vous avez vu ici) met en scène Mia Wasikowska dans le rôle d’India Stoker, tout juste 18 ans, qui à la mort de son père voit surgir un oncle mystérieux du nom de Charlie (Matthew Goode). Ce dernier s’installe dans la demeure familiale aux côtés d’India et de sa mère Evelyn (Nicole Kidman). Charlie tente d’apprivoiser India -qui garde ses distances-, en multipliant les petites attentions: un pot de glace, un sourire malicieux, un regard appuyé, un morceau de piano à quatre mains, un cadeau d’anniversaire spécial… D’abord suspicieuse, la jeune femme devient curieuse puis admiratrice, luttant en permanence contre une attirance incestueuse. Evelyn n’est pas non plus insensible au charme de son beau-frère, à croire que son défunt mari n’a jamais compté à ses yeux. La sombre identité de Charlie peu à peu révélée vous glace le sang. La jalousie d’Evelyn à l’égard de sa fille, le malin plaisir qu’éprouve Charlie à faire monter le désir des principales intéressées, India et ses pulsions morbides… Plus d’une scène vous tordent le ventre… tout en vous donnant envie d’en savoir plus sur la suite de l’histoire. Le réalisateur s’est imprégné de l’univers oppressant du maître du suspense Alfred Hitchcock. L’hommage est réussi.

Une Mia Wasikowska épatante

Si le film est convaincant, les acteurs bien choisis y sont pour beaucoup: le pervers Matthew Goode aux allures de jeune premier, la sublime Nicole Kidman en bourgeoise dépressive… et Mia Wasikowska inévitablement captivante en adolescente torturée. Son public était habitué à des rôles moins troublants. Révélée dans Alice aux Pays des Merveilles par Tim Burton en 2010, cette ancienne ballerine au visage angélique enchaîne depuis les rôles candides: celui d’Annabel Cotton en phase terminale d’un cancer dans Restless, celui de la passionnée Jane Eyre ou encore celui de l’amoureuse de l’un des frères Bondurant dans Des hommes sans loi. Dans Stoker aussi, l’actrice de 23 ans paraît innocente. Au début seulement. Encouragée par Charlie, elle dévoile sa vraie nature et ses fantasmes violents prennent progressivement vie: un coup de crayon, parfaitement taillé, dans la main de son ennemi du lycée, un piège machiavélique tendu à son admirateur secret incarné par Alden Ehrenreich (qui semble avoir le béguin pour les filles étranges), un goût prononcé pour la chasse… à l’homme. On découvre ici une adolescente hors norme au moment fatidique du passage à l’âge adulte (en témoigne une scène de douche particulièrement perturbante), guidée par une irrépressible envie de liberté. Même sans récompense, cette performance garantit probablement à l’Australo-Polonaise un bel avenir à L.A. En tous les cas, je ne regarderai plus les personnes aux yeux bleus de la même façon…

Un souci du détail

Dans Stoker, rien n’est laissé au hasard. Chaque plan minutieusement travaillé donne lieu à une magnifique photographie (chapeau bas à Chung-hoon Chung). Je pense à l’une des premières images où India est penchée sur son pied blessé, à côté d’une statue en pierre à la pose identique; à celle où la jeune fille feuillette à toute allure son carnet de dessin et où le mouvement des pages façon flip book lui donne l’impression de visualiser une glace; au beau plan raccord où elle coiffe sa mère et où la chevelure blond vénitien prend la forme du champ de blé dans lequel India se cachait avec son père, à l’affût d’une proie (animale) à chasser. Les symboles tels que celui de l’araignée que l’on voit souvent se réfugier sous la jupe d’India, sont nombreux. Cet univers teinté de mysticisme est dû au travail de la chef décoratrice Thérèse DePrez et à celui du compositeur Clint Mansell auxquels on doit l’ambiance suffocante du thriller psychologique Black Swan. A première vue, les costumes créés par Kurt Swanson et Bart Mueller situent le film dans les années 1950-1960 (hommage à Hitchcock oblige) avant de dégager au final, une certaine intemporalité, comme pour amplifier cet aspect mystique. Pour cette première production américaine, Park Chan-Wook, dont le sanglant Thirst me reste en mémoire, s’est plutôt bien entouré!

N.B.: Clint Mansell a eu la bonne idée d’intégrer au film le dernier tube pré-Gatsby de Lana Del Rey, Summer Wine. La chanson envoûtante du générique de fin, Becomes the color, est quant à elle signée Emily Wells.

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