F*** the system

"Untitled", Keith Haring, 21 septembre 1982.

Un des nombreux messages « Untitled » de Keith Haring (septembre 1982), exposé au MAM .

On a tous en nous quelque chose de punk. L’exposition de l’artiste Keith Haring au Musée d’Art moderne, révèlera peut-être cette part de vous-même… Quelque soit votre appartenance politique.

Suivant une logique à la fois chronologique et thématique, plus de 250 œuvres composent la rétrospective consacrée à l’artiste américain disparu en 1990. Si la première partie, qui retrace ses débuts à New York, laisse perplexe – des toiles représentent des pénis par centaines et des actes sexuels un tantinet incongrus-, grâce à la suite de l’exposition, les rôles des petits bonhommes de Keith Haring prennent tout leur sens. Le chien persécuté par un zoophile sur l’une des premières toiles devient l’Etat gendarme, l’individu au bâtonnet l’oppresseur, les individus marqués d’une croix les opprimés.

Chaque œuvre comporte des symboles récurrents. Tous dénoncent le système qui régit la société… et ses dérives: les groupes stéréotypés et classifiés par l’Etat, les êtres qui oublient leur propre individualité, le capitalisme et la consommation de masse, la religion, le racisme, les dangers apportés par la technologie et la menace nucléaire, l’écocide, l’homophobie… L’artiste engagé ne fait pas seulement entendre sa colère à travers les idées qu’il dessine mais aussi à travers les supports et les matériaux qu’il utilise, à contre-courant de ceux exploités d’ordinaire par d’autres dessinateurs: le sumi choisi pour encre, une bâche, un masque en bois, un immense pot d’argile, un ballon dirigeable… Keith Haring s’amuse à détourner des copies d’œuvres classiques et historiques, aux résultats très kitsch: La Petite Sirène d’Edvard Eriksen, un sarcophage égyptien ou une statue antique de renoms. Il encourage la société à s’exprimer à travers l’art en recouvrant la rue, -ses affiches publicitaires, ses lampadaires et ses kiosques-, de ses dessins à messages, entre bande dessinée et art primitif. Ses œuvres sont presque toutes sans titre. Une façon supplémentaire pour le militant de clamer que l’art peut s’interpréter selon les idées de chacun, en toute liberté; que l’art demeure à la portée de tous.

Craie en main, Keith Haring s'attaque à un panneau publicitaire en attente d'une affiche.

Craie en main, Keith Haring s’attaque à un panneau publicitaire en attente d’une affiche.

Keith Haring n’est peut-être pas un vrai punk dans l’âme: il ouvre en 1986 un Pop Shop sur Lafayette Street, lui qui considère le dollar comme l’emblème de la perdition. Il s’entiche de Madonna, Grace Jones, Andy Warhol et autre people surexposés à l’époque (pour preuves de jolis Polaroïds, exposés aux côtés de collages anti-Reagan ), lui qui rejette les médias et la célébrité…  Si certaines œuvres aux traits enfantins (dans la lignée de celles de son ami Jean-Michel Basquiat, exposées elles-aussi au Musée d’Art moderne en 2011) effraient parfois, leurs valeurs idéologiques en plus de leur esthétique, marquent les esprits. L’artiste est parvenu à rendre compte de ces maux qui étaient cuisants dans l’Amérique des années 1980 et qui le sont encore aujourd’hui partout dans le monde (je pense notamment au sida). Si l’exposition ne vous a pas donné envie de chanter Antisocial à tue-tête ou de manifester dans la rue: ces fameux tee-shirts Zara ou mugs colorés, elle aura au moins le mérite de vous les faire voir différemment.

« Keith Haring. The Political Line ». Musée d’Art moderne, Paris 16e, métro Alma-Marceau. Jusqu’au 18 août 2013.

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2 réflexions sur “F*** the system

  1. Bon résumé de cette exposition sur M. Keith Penis Harring ! Plutôt que son côté militant j’ai été marqué par sa folie et son assurance. Sa folie dans sa façon de caricaturer les maux et les plaisirs de la vie. Le tout dans un bordel extrêmement bien soigné où l’espace est entièrement utilisé.
    Mais, comme pour Basquiat, on voit que sur la fin (à partir de 1989 il me semble) ses oeuvres deviennent plus simplistes, plus normales, moins finies ou pas finies du tout. Ça me fait penser au tableau pour la lutte contre le sida où il a écrit : « ignorance = fear, silence = death »
    Le vide qui s’installe dans ses oeuvre est selon moi égale au silence. Cet homme vivait au travers de ses oeuvres et ça c’est juste l’excellence dans l’art.

    Bien à vous.

    • C’est vrai qu’il y a une certaine folie dans ses oeuvres. Quel artiste n’est pas un peu fou ! ahah. Celles qu’il dessine à la fin de sa vie sont touchantes car on sent que quelque chose de triste se passe, que sa vie touche à sa fin… Merci Nutteladdict pour votre fidélité ! 🙂

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