Gatsby, pas si great

Carey Mulligan, joli minois, briseuse de coeurs. Leonardo DiCaprio, la soif d'idéal. (Crédit : Warner Bros France)

Carey Mulligan, joli minois briseuse de coeur et Leonardo DiCaprio, beau gosse à la soif d’idéal. (Crédit: Warner Bros France)

«  – Gatsby, what Gatsby ? «  s’interroge Daisy Buchanan lorsque son amie évoque le riche et mystérieux Jay, sur le point d’organiser une énième fête dans sa gigantesque demeure. Interpelée moi aussi, je me demandais à quoi pouvait bien ressembler ce dernier, ayant en tête les souvenirs que s’en faisaient mon entourage et les critiques de littérature et de cinéma: le personnage inventé par le brillant romancier Francis Scott Key Fitzgerald en 1925, celui incarné par le séduisant Robert Redford aux côtés de Mia Farrow en 1974… et désormais le toujours-pas-oscarisé Leonardo DiCaprio ( en dépit d’un parcours sans faute).

Je savais que l’adaptation de Baz Luhrmann allait en mettre plein la vue et que je tomberai sous le charme de ses promesses d’artifices. J’avais vu juste en partie: à cette grande fiesta, il y a certes des paillettes et des costumes clinquants, une poignante histoire d’amour mais aussi des effets visuels frôlant le too much, un jeu d’acteurs moyen… J’attendais un film transcendant, j’ai été déçue. Qu’a-t-il bien pu arriver à Baz? J’aurais aimé retrouver la magie de Romeo + Juliette et Moulin rouge !  Le nouveau show qu’offre le réalisateur australien sur un plateau d‘argent laisse sur la faim: on y reconnaît la patte du cinéaste: un rythme effréné, un narrateur omniscient qui observe les évènements « depuis l’intérieur », quelques notes d’humour, une ambiance décadente, un amour impossible. Pourtant il y a quelque chose qui cloche…

Cela vient peut-être de la lumière artificielle de certains plans sûrement agréable derrière les lunettes 3D, dérangeante sans. De Leonardo DiCaprio qui ne semble pas à fond dans son rôle mais plutôt sur la lune, la tête ailleurs. Exception accordée pour l’une des dernières scènes où il éclate de rage face à son rival Tom Buchanan (sous les traits de Joel Edgerton). De la jolie Carey Mulligan qui incarne Daisy et de cette douceur qui ne se détache jamais d’elle… même lorsqu’elle campe le rôle le plus bitchy de sa carrière. De Tobey Maguire qui y va un peu trop fort sur le côté ingénu de son personnage: le jeune écrivain Nick Carraway, fraîchement installé à New York. De cette musique rétro, « pimpée » par le maître du hip-hop US Jay Z, qui apporte certes la modernité qu’il fallait mais qu’on n’entend que trop peu. Dommage qu’Emeli Sandé ait été choisie pour la reprise de Crazy in love de Beyoncé. Celle des Puppini Sisters, un groupe de jazz que j’apprécie beaucoup (et que j’ai eu la chance d’interviewer ici), aurait été parfaite. The Real Tuesday Weld, un autre groupe britannique qui a remixé leur chanson, s’est même offusqué d’un plagiat. J’imagine que le trio de chanteuses n’était pas assez « dans le coup » pour être intégrées à la bande-originale.

Quels sont donc les points positifs de ces deux heures et vingt-deux minutes d’immersion dans les années 1920? Ca faisait des semaines que je bavais devant les photos Instagram de la marque Tiffany & Co. qui a conçu une collection spéciale de bijoux pour le film: sautoirs, bracelets et bagues en diamants brillant de mille feux… A la place des actrices, je me serais bien fait la malle avec à la fin du tournage. La beauté des costumes griffés Prada et Miu Miu est elle aussi impressionnante. D’autres marques continuent aujourd’hui d’être inspirées par cette époque. L’histoire de Gatsby le Magnifique – principal atout du long métrage- est touchante de par les nombreux thèmes qu’elle aborde: viser un rêve sans jamais l’atteindre, être bercé par l’illusion d’aimer encore et pour toujours un être cher, en se rattachant au passé, oubliant que le présent est tout autre; la soif de pouvoir et de richesse, l’obsession de la réussite, le goût pour l’extravagant et le superficiel qui empoisonne la société, le désir d’un avenir meilleur, la nostalgie d’une époque florissante tant matériellement qu’émotionnellement, le progrès qui à la fois attise et rebute, ce sentiment d’injustice si douloureux…

Je me suis attachée à Jay Gatsby, cet antihéros au grand cœur. A la place de Daisy, le choix aurait été vite vu: j’aurais préféré ses mensonges aux tromperies de mon mari. Money is money. Daisy a fait son choix. Plus qu’à découvrir le roman à succès (tardif), le film de Jack Clayton, la bande-originale de la version de Baz Luhrmann -en entier et à pleins tubes-… et vider un paquet de mouchoirs en repensant au dénouement tragique de cette histoire.

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3 réflexions sur “Gatsby, pas si great

  1. C’est sûr que pour passer après Redford il fallait plus que du talent… Pour Carey Mulligan, pas tout à fait d’accord! Pour moi son rôle le plus « bichy » comme tu le dis si bien, c’était certainement dans SHAME de Steve McQueen!
    Mais il est vrai qu’avec Australia, Baz Luhrmann nous avait déjà bien déçus… Quel dommage qu’il n’ait pas su se rattraper avec Gatsby…

    • Je n’ai pas encore vu « Shame », il paraît que c’est un très bon film. Tu m’as donné une raison de plus de le visionner 🙂 Peut-être que le prochain long métrage de Baz sera doublement surprenant du coup… On croise les doigts !

  2. Pingback: Un été qui swingue | DailyMeg

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