Premier Rock en Seine

Grimée en Alicia Keys de la gratte, Lianne La Havas électrise la scène intimiste de l'Industrie. (Crédit : Nicolas Joubard)

Grimée en Alicia Keys de la gratte, Lianne La Havas électrise la scène intimiste de l’Industrie. (Crédit: Nicolas Joubard)

Bottes dernier cri, anoraks sponsorisés et parapluies sont de sortie, ce dimanche 25 août. Les gouttes d’eau ne freinent pas les festivaliers qui ne manqueraient pour rien au monde ce dernier jour de Rock en Seine. Et tant pis pour ceux qui n’avaient pas prévu de quoi se protéger du mauvais temps, le programme prometteur leur fera oublier la grisaille.

Des premiers sons de guitare attirent mon attention sur la Grande Scène. The Computers se présentent aux spectateurs, peu nombreux en ce milieu d’après-midi. Il ne faut pas se fier à l’apparence des dandys britanniques, propres sur eux. Vêtus de costumes bordeaux, chemises blanches et cravates noires, le groupe dévoile très vite son côté sauvage, avec des mèches gominées à la Elvis Presley laissant entrevoir la suite des événements. «Paris, ta réputation te précède…», quelques mots d’introduction et la formation enflamme la scène, offrant un rock sixties, rude, énervé. Le public se laisse entraîner, dansant au rythme endiablé des musiciens, guidé par les «Yeahhhh» stridants du chanteur Al Kershaw, dont l’énergie semble inépuisable. Il se joint aux festivaliers, demande à trois d’entre eux de le traduire au reste de la foule. Aucun n’y parvient. Opération séduction ratée. Qu’à cela ne tienne, les membres de The Computers ont plus d’un tour dans leur sac: leurs tubes Mr. Saturday NightSelina Chinese et une belle reprise de Stand By Me de Ben E. King. L’immersion vintage a fonctionné. Je suis parée pour la suite.

Je traverse la longue allée boueuse du vaste domaine de Saint-Cloud, bordée de stands de bonbons et autres péchés mignons. Je ne craque pas et pars à la rencontre de MS MR sur la scène Pression Live, le duo américain venu tout droit de «Neeew Yooork Cityyyyyyyy». Changement d’ambiance. On se laisse facilement bercer par leur rythme doux et aérien, comme en témoigne leur titre Hurricane. La chanteuse, les cheveux teints en vert et orange, semble venue d’une autre planète. Sa voix cristalline m’évoque une sirène, peut-être celle promise sur l’une des affiches du festival. Elle envoûte littéralement son public, y compris les observateurs perchés en hauteur, le long des barrières à l’extérieur du parc, admirant le spectacle dont le style musical rappelle celui de Florence and the Machine. Avec Fantasy, un titre plus énergique mais tout aussi raffiné, le groupe éveille les sens. Il me prend l’envie de me déhancher à la manière des artistes «très heureux de se retrouver à Paris». Miss and Mister font incontestablement partie des jolies découvertes de ce premier Rock en Seine.

18 heures. Retour à la Grande Scène, pour accueillir Eels dont l’apparence donne d’emblée le sourire: leurs survêtements Adidas et leurs bandeaux de tennismen me font penser à Ben Stiller et ses deux fils dans La Famille Tenenbaum. Les rockeurs de Los Angeles ont beau ne pas être les plus jeunes de la programmation -son leader Mark Oliver Everett a 50 ans-, leurs guitares incisives, maîtrisées à la perfection m’enchantent, séduite tour à tour par leurs ballades nostalgiques et leur blues vibrant. Si on ferme les yeux, on se croirait presque à Woodstock, sur la route, parmi une troupe de bikers ou encore sur une plage à Miami, au coucher du soleil. Eels conclut sa prestation avec l’émouvant That Look You Give That Guy, qui fait notamment partie de la bande-originale des Petits Mouchoirs de Guillaume Canet. Un tourbillon de sensations efficace et un succès toujours au rendez-vous, dix-sept ans après leur premier album Beautiful Freak.

Sur la scène Cascade, le charismatique Mat Bastard, leader de Skip The Use, ne met pas longtemps à faire tomber le tee-shirt, dévoilant abdos et tatouages. Il chauffe la foule en s’écriant: «Est-ce que vous savez dire ‘Yeah’ comme des porcs?!!», «Est-ce que vous en avez quelque chose à foutre de la pluie? De la boue?!!», «C’est tout ce que vous avez dans le ventre?!!». Il entonne son fameux Ghost puis, quelques autres titres enjoués plus tard, promet une jolie surprise: «Ce n’était pas prévu, mais si on le fait, vous serez particulièrement prêts à tout niquer». Le cadeau en question? La belle reprise de Nirvana, Smells Like Teen Spirit, qui déchaîne le public. Le chanteur remercie son équipe au rythme de tambours africains, faisant trémousser son postérieur, provoquant l’émoi de ses admiratrices.

La charmante Lianne La Havas fait office de pause zen, lors de cette dernière journée de festival bien mouvementée. L’interprète anglaise fait son apparition dans une robe baby-doll blanche. «She is amazing, so beautiful!», s’émerveillent déjà deux perches américaines, dont les pas de danse étranges éveilleront plus tard les soupçons, rendant compte d’un trop plein d’alcool. Rien ne perturbe la voix soul et voluptueuse de l’artiste, même pas un technicien un peu à la traîne lorsqu’il est question de faire un changement de guitare. La Havas réchauffe les cœurs avec des titres tendres et mélancoliques comme son incontournable Age. Et elle prouve qu’elle en a dans le ventre, grimée en Alicia Keys de la gratte, électrisant la scène intimiste de l’Industrie avec ses explosifs Forget et Is Your Love Big Enough. Elle a fêté ses 24 ans vendredi, le public lui fredonne le traditionnel Happy Birthday, elle s’émeut : «Oh… You gonna make me cry…». Puis nous enivre une dernière fois avec Elusive. Elle avertit qu’elle prépare un nouvel album. Avec cette belle performance, je suis impatiente de découvrir ce qu’elle nous réserve.

20h45. Major Lazer en met plein la vue, au sens propre comme figuré. Visuellement parlant, c’est le seul artiste qui a occupé pleinement l’espace qui lui était donné: écrans géants projetant des images psychédéliques sur lesquelles défilent feuilles de cannabis et mystérieuses chauves-souris, confettis dispersés à l’aide de drôles de fusils, poupée gonflable à l’effigie du personnage créé par le DJ Diplo, danseuses sportives enchaînant les chorégraphies torrides… Le show était sans limite et les surprises, plus qu’appréciables. Le leader du trio, a déambulé sur le public, enfermé dans un ballon gonflable. Il invite à deux reprises plusieurs festivaliers à monter sur scène et offre en guise de clou final, le coté Stromae en guest, qui interprète son dernier tube Papaoutai, repris en chœur par la foule. Les «good vibes» de la Jamaïque -issues de leur dernier album Free the Universe mais aussi de reprises de Sean Paul, Snoop Lion et Jay Z- ont mis les spectateurs en transe. Les bras étaient en permanence levés, les pogos nombreux donnaient l’impression de vivre un Harlem Shake sans fin, l’enthousiasme était indéniablement contagieux.

22h47. Mes jambes sont en compote, mes tympans sifflent, mes bottes bien crottées: la soirée s’achève en beauté. Les plus courageux écouteront le mélange de la chanteuse pop VV Brown, oscillant entre electronica et rythmiques tribales, depuis le bord de la scène de l’Industrie. Moi, épuisée, je rentre at home, la ratant de peu sur mon écran d’ordinateur (son concert a été retransmis en direct sur Dailymotion).

Des festivaliers grimés en Luigi, Captain America et Vercingétorix, un doux parfum de bière (#ironique, je n’aime pas la bière), un demi-sandwich à la raclette, 400 hectares de jardins boueux, une œuvre d’art insolite (un tressage de branchages évoquant les ondulations aquatiques d’une vague signée Claire Boucl), et au moins une bonne dizaine de précieux souvenirs plus tard, je m’apprête à affronter la fin de l’été -et la rentrée qui l’accompagne-, avec une énergie imparable, digne d’un premier Rock en Seine réussi.

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