« Qui fait l’info ? » : le journaliste au cinéma

Le duo de journalistes du Wahsington Post, Carl Bernstein (Dustin Hoffman) et Bob Woodward (Robert Redford), au coeur du pouvoir dans "Les Hommes du président" (1976).

Le duo de journalistes du Washington Post, Carl Bernstein (Dustin Hoffman) et Bob Woodward (Robert Redford), au coeur du pouvoir dans « Les Hommes du président » (1976).

L’avant-première de La Bataille de Solférino, suivie d’un débat avec sa réalisatrice Justine Triet, a fait l’ouverture du cycle consacré aux médias, au Forum des Images, à Paris, mardi soir. Focus sur les films présentés et les thématiques abordées autour du métier.

On le représente souvent la cigarette au bec, le café en main, assez débordé, plutôt voyeur, avide de sensationnalisme. Au Forum des Images, du 17 septembre au 31 octobre, le journaliste d’hier et d’aujourd’hui est bien plus que cela. Il est défini à travers une cinquantaine de films, de l’incontournable Citizen Kane d’Orson Welles à la récente -et française- Bataille de Solférino, en salles ce mercredi. Le long-métrage, acclamé au dernier Festival de Cannes dans la programmation parallèle de l’Acid, a été présenté en avant-première mardi, avec sa réalisatrice Justine Triet. Il a fait l’objet d’un premier débat sur le rapport de la société au récit, à la narration du «direct», à la notion même de «temps fort», en un mot: à l’événement. Son action a pour cadre le 6 mai 2012, comme son titre l’indique, à Solférino. Laetitia, journaliste télé, couvre la présidentielle. Mais tout à coup débarque Vincent, son ancien compagnon, pour voir leurs filles. Gamines déchaînées, baby-sitter submergée, amant vaguement incruste avocat misanthrope, France coupée en deux: c’est dimanche, tout s’emmêle, rien ne va plus. Mais au fait, le journaliste au cinéma, qui est-il? C’est la question à laquelle répond le Forum. Avant-goût de cette analyse palpitante.

Le journaliste fonctionne un peu comme un cinéaste. Il soulève en tout cas des questions qui renvoient à la narration cinématographique. Que signifie raconter une histoire pour donner des nouvelles du monde? Comment notre regard est-il guidé, par quels facteurs est-il préalablement formé? Tout devient alors affaire d’éclairage, de choix d’angle, de cadrage, de montage… La question du point de vue, aussi capitale dans le monde du journalisme que dans celui du septième art, se pose ici dans toute sa complexité.

Le journaliste est hanté par la quête de la vérité. Les questions liées à l’éthique, à la déontologie, au rôle citoyen de la presse sont à l’œuvre dans Good Night and Good Luck de George Clooney ou encore Frost/Nixon, l’heure de vérité de Ron Howard. Mais aussi sur le pouvoir des médias, capables de faire ou défaire du jour au lendemain une réputation: L’Honneur perdu de Katharina Blum de Volker Schlöndorff et Margarethe von Trotta ou encore Le Grand Chantage de Alexander Mackendrick. Pastiches et parodies, sont aussi convoqués à travers le phénomène des«fake news» (Le Faussaire de Volker Schlöndorff…).

Le journaliste, c’est un peu Superman. D’un côté l’homme ordinaire Clark Kent, de l’autre le justicier (sans cape). Il est célébré à l’écran comme un homme qui vient à bout des obstacles envers et contre tous, tels les personnages interprétés par Dustin Hoffman et Robert Redford dans Les Hommes du Président de Alan J. Pakula. Dans Zodiac de David Fincher, ce n’est pas le journaliste «professionnel» qui se trouve sous les halos des projecteurs mais un «petit jeune» qui fait avancer l’enquête. Veronica Guerin de Joel Schumacher symbolise l’un des fondements de l’American way of life, devenu par extension le modèle dominant: tout le monde a sa chance, et tout un chacun peut faire trembler les grands de ce monde.

La femme journaliste en a. Et ça dérange. Il n’y a pas que Meryl Streep en rédactrice en chef odieuse d’un magazine de mode donnée en exemple. Helen Mirren dans Jeux de pouvoir de Kevin Macdonald, Faye Dunaway dans Network de Sidney Lumet ou Nicole Kidman dans Prête à tout de Gus Van Sant, les femmes qui occupent des positions de pouvoir dans les médias sont, selon la sociologue Sonia Dayan-Herzbrun, montrées comme des «avatars de sorcières modernes». Il y a là des relents archaïques selon lesquels la femme et la connaissance forment un couple explosif. Femmes du Caire de Yousry Nasrallah, dans un autre registre, décline ce motif. De manière emblématique, nombre de ces personnages semblent «payer» pour le pouvoir qu’elles détiennent. Redoublant de malignité et échouant «fatalement» dans leur vie privée, les femmes détentrices d’une voix médiatique, cristallisent encore le poncifs.

Le journaliste c’est vous. Les cultures numériques ont radicalement changé notre rapport à l’information et notre façon de la «consommer», d’en débattre, de la commenter. Pour preuve, Redacted de Brian de Palma, les films de David Fincher (The Social Network et Millenium), Le Mystificateur de Billy Ray -inspiré de l’histoire vraie d’un journaliste qui dréfaya la chronique lorsque l’on découvrit, grâce au Web, que nombre de ses articles avaient été produits à partir de sources fictives-, et bientôt Le Cinquième pouvoir avec le charismatique Benedict Cumberbatch dans la peau du fondateur de WikiLeaks, Julian Assange.

Le journaliste est également «décortiqué» sur le petit écran, comme en témoignent les séries à succès 30 RockHouse of CardsThe Hour , The Newsroom… Le phénomène ne sera pas ignoré du programme: un focus sur The Wire est notamment prévu pour le jeudi 19 septembre. D’autres conférences, leçons de cinéma, rencontres et tables rondes vous plongeront dans le quotidien du journaliste, dans son bureau, à l’autre bout du monde, tenant un scoop ou le loupant de près, qui vient de tous les supports médiatiques (papier, télévison, Web) et qui rend compte à la lumière de ses méthodes de travail, de l’évolution de ces derniers. À l’issue de cette rétrospective plus qu’alléchante, vous saurez tout ou presque du journaleux, qui à défaut d’être admiré, sera l’ennemi que vous adorerez détester.

Cycle «Qui fait l’info?», au Forum des Images, Paris 1er, métro Les Halles. Du 17 septembre au 31 octobre 2013.

Publicités

Une réflexion sur “« Qui fait l’info ? » : le journaliste au cinéma

  1. Pingback: 12* pépites cinématographiques de 2016 qui donnent bon espoir pour le 7e art en 2017 | DailyMeg

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s