Pour Olivier Cohen, « Alice Munro a réinventé la nouvelle »

L'écrivain Alice Munro lors d'une conférence de presse à Trinity College, à Dublin, le 25 juin 2009. (Crédit: Associated Press)

L’écrivain Alice Munro lors d’une conférence de presse à Trinity College, à Dublin, le 25 juin 2009. (Crédit: Associated Press)

L’éditeur français de la nouvelle Nobel de littérature se réjouit de la victoire de l’écrivain canadien. Le patron de l’Olivier évoque sa plume et sa force narrative.

Le Japonais Haruki Murakami, le Kényan Ngugi wa Thiog’o ou encore la Biélorusse Svetlana Alexievitch se trouvaient au cœur des paris. C’est finalement la Canadienne Alice Munro, 82 ans, qui a été choisie par la prestigieuse académie suédoise comme lauréate du prix Nobel de littérature, jeudi. Olivier Cohen, fondateur et directeur des Éditions de L’Olivier, publie les ouvrages de Munro dans notre pays, depuis huit ans. Ce dernier revient sur cette grande nouvelle qu’il accueille avec une joie immense: «C’est important qu’un très grand écrivain tel qu’Alice Munro bénéficie d’une telle reconnaissance. Ce genre de consécration arrive bien trop rarement».

«Le Nobel, c’est un peu comme le Tiercé»

Olivier Cohen sait que l’écrivain n’était pas donnée favori, il en plaisante: «Les spéculations autour du prix Nobel de littérature, c’est un peu comme un jeu de Tiercé. Cet aspect de la distinction ne m’intéresse pas. Il faudrait plutôt demander l’avis des jurés sur la question. Parvenir à les joindre vous vaudrait sûrement une promotion!». L’éditeur d’Alice Munro avoue n’avoir jamais rencontré la lauréate du Prix Nobel alors qu’il l’édite depuis 2006. Il la rencontrera à Stockholm, le 10 décembre prochain, lors de la cérémonie de la remise des prix: «Elle est l’un des rares auteurs, publiés à l’Olivier, que je n’ai jamais vus. Je ne lui ai pas non plus parlé au téléphone. Pour des raisons personnelles, elle n’est pas friande des apparitions publiques et préfère se consacrer à sa famille et ses amis. Lorsqu’elle est entrée chez nous, elle nous a adressé un message dans lequel elle s’excusait de ne pas nous voir en personne, espérant que nous n’en serions pas fâchés».

Avant d‘être «accueillies à bras ouverts» au pied de l’Olivier, les œuvres de Munro étaient publiées chez Rivages et Albin Michel. Olivier Cohen ne connaît pas les raisons de ce changement de maison – «Alice Munro en avait sûrement de bonnes»- mais confie avoir fait régulièrement part à l’écrivain de son envie de l’ajouter à son catalogue, si elle le souhaitait. «C’est un écrivain d’une puissance exceptionnelle, avec une capacité d’évocation très forte. Elle met en lumière, d’une façon frappante, des personnages face à des choix de vie déterminants, -souvent liés à une relation amoureuse-, un peu comme le ferait un metteur en scène au théâtre.»

Gare à ceux qui la définissent comme la «reine de la nouvelle», ce n’est pas tout à fait exact. «Son genre littéraire est très spécial. Ses nouvelles sont des petits romans. Elle a, en quelque sorte, réinventé le genre de la nouvelle. Avec le prix Nobel, tout le monde s’emballe: ‘C’est formidable, la nouvelle est enfin reconnue’ mais le génie de Munro relève plus de l’originalité de son style que de ce genre littéraire». Cohen confirme la fameuse comparaison avec le grand Tchekhov, qui a contribué à faire émerger le genre de la nouvelle avec La Steppe (1888) et La Salle n°6 (1892): «Alice Munro a dû beaucoup lire Tchekhov. Ils ont en commun la même démarche: partir de la vie de quelqu’un d’ordinaire, comme vous et moi, et condenser, styliser, intensifier tout ce qui s’y passe. La rendre plus vibrante, plus émouvante. On dit souvent que Munro écrit de petites histoires sur des petits événements de la vie de tous les jours. C’est faux, avec elle, notre quotidien devient une véritable source de drames».

Dear Life en France en 2014

L’œuvre la plus représentative d’Alice Munro demeure à ses yeux Fugitives (2008), un recueil de nouvelles qui met en scène des femmes en cavale. «Je prêche un peu pour ma paroisse car il s’agit du premier livre publié sous la couverture de l’Olivier. La réalisatrice néo-zélandaise Jane Campion en a acheté les droits pour en faire prochainement un film». Cohen recommande également Un Demi-Pamplemousse.

Le prix Nobel permettra à la France, «Lanterne rouge», de connaître davantage Alice Munro, «vénérée dans les pays anglo-saxons et nordiques» tout en stimulant les ventes de ces ouvrages. Cohen espère surtout que la précieuse distinction incitera l’auteur à écrire d’autres livres, pour le plus grand plaisir des lecteurs. Cette dernière avait déclaré avoir mis un terme à sa carrière, en juin dernier. Son prochain recueil, Dear Life, publié outre-Atlantique en 2012, sera disponible aux Éditions de l’Olivier en 2014. Il n’a pour le moment ni de date de sortie précise ni de titre français. Quant à l’histoire, Olivier Cohen préfère «en garder la surprise».

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