Le groupe Éclair foudroyé par une grève

La façade du siège social du groupe Éclair, à Épinay-sur-Seine, le 27 novembre dernier.

La façade du siège social du groupe Éclair, à Épinay-sur-Seine, le 27 novembre dernier.

L’emblématique laboratoire de cinéma français était au cœur d’un mouvement social, mercredi. Ses salariés dénoncent notamment le plan de licenciements de trop. Après la disparition des studios GTC et LTC, ce fleuron historique du 7e art va-t-il lui aussi disparaître?

L’orage gronde au sein du groupe Éclair. Pour ceux qui croient qu’il s’agit d’une entreprise de fabrication de fermetures à glissière, précisons d’abord que le logo du groupe est entré dans la légende du cinéma français en figurant sur bon nombre de génériques de films depuis 105 ans. Des Tontons flingueurs (en 1963) de Georges Lautner à Astérix & Obélix: Mission Cléopâtre (2002) de Alain Chabat en passant par Léon (1994) de Luc Besson, La Reine Margot (1994) de Patrice Chéreau ou encore Le Dîner de cons (1998) de Francis Veber, les laboratoires Éclair font partie de la légende du 7e art, au même titre que les studios de la Victorine, qui malheureusement durent mettre la clef sous la porte en 1983.

Cinq plans de licenciements depuis 2005

C’est également ce qui guette l’un des derniers grands laboratoires de post-production français, qui est entré en grève mercredi. Depuis sa création, en 1907, par l’industriel Charles Jourjon, c’est la première fois qu’un nombre aussi important de salariés – environ 150 -, venus de tous les pôles – post-production, distribution, adaptation, patrimoine – et de tous les sites de ce fleuron du cinéma – en particulier Épinay-sur-Seine mais aussi Saint-Ouen et Strasbourg -, manifestent leur mécontentement.

L’objet de la discorde? Un nouveau plan de licenciement qui intervient après le départ de 53 salariés dans le cadre d’un plan de sauvegarde de l’emploi en mai dernier. Il menace, cette fois, neuf personnes. Les salariés d’Éclair ont déjà subi cinq plans de licenciements depuis 2005, entraînant la suppression de plus de 300 postes. Pour Marc Authesserre, ingénieur du son et délégué du personnel CFDT, le ras-le-bol général est évident et la problématique que rencontre actuellement le laboratoire, beaucoup plus vaste. «Le passage au numérique nous a causé beaucoup de tort. Aujourd’hui, toutes les salles de cinéma sont équipées de projecteurs numériques. Une copie Digital Cinema Package (DCP) coûte 175 euros alors qu’une copie physique coûtait 1200 euros. Le prix de revient est intéressant, mais il y a un trop grand manque à gagner au niveau des effectifs», explique-t-il.

Absence de stratégie et erreurs de gestion

Conséquences néfastes de cette révolution technologique, notamment marquée par l’arrivée en 3D des Na’vi d’Avatar , de James Cameron, la chaîne de production de pellicule 35 mm – qui existe depuis cent ans – s’effondre, certains salariés touchés par le dernier plan social partent à la retraite, d’autres «restent sur le carreau». «Ces mutations techniques n’ont pas assez été anticipées par la direction. Nous attendons des dirigeants d’Éclair qu’ils développent des activités commerciales tournées, par exemple, vers les secteurs du Web ou de la restauration de films. Elles permettraient de pallier ce départ brutal d’employés et une “reconversion” de ces derniers dans ces domaines.»

Éclair criblé de dettes

Selon les conclusions d’une réunion extraordinaire du comité d’entreprise jeudi, c’est la baisse du chiffre d’affaires du groupe Éclair (moins 4 millions par rapport à ce qui était prévu) qui justifie officiellement cette suppression de postes. Mais comment en arriver là alors qu’une levée de fonds de 12,4 millions d’euros a été annoncée en juin? «C’est la question que nous nous posons tous. Cet argent a probablement servi à rembourser des dettes continuellement repoussées et qui concernent les fournisseurs, les loyers, la TVA, l’Urssaf… Si ces licenciements continuent et qu’on on ne fait rien aujourd’hui, Éclair risque la fermeture, purement et simplement», s’inquiète Marc Authesserre.

Une autre réunion, fixée la semaine prochaine, décidera du sort des neuf salariés menacés et de la situation délicate vécue par l’entreprise en général. «On pense, à tort, que l’industrie du cinéma français se porte bien à la vue de la fréquentation en hausse des salles. La vérité est toute autre: c’est un secteur en crise qui ne va pas bien du tout.» L’affaire Luc Besson? «Une filouterie qui n’est pas représentative de l’état actuel des laboratoires de cinéma». De l’espoir? Peut-être. Éclair produit à ce jour en moyenne 40 à 50 longs métrages par an. Derniers en date: La Belle et la Bête (l’œuvre restaurée de Cocteau), Les Garçons et Guillaume, à table! qui cartonne au box-office, et prochainement Grace de Monaco, avec Nicole Kidman dans le rôle-titre. Après la fermeture, en 2009, des laboratoires GTC et de LTC en 2011, Éclair se retrouve sur la même pente glissante aujourd’hui. Pour l’instant, rien n’est définitif. Qui sait, après l’orage, viendra peut-être le beau temps…

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