« Le Hobbit 2 » : le côté obscur de la force

Bilbon Sacquet (Martin Freeman), prêt à en découdre dans "La Désolation de Smaug". (Crédit : Warner Bros.)

Bilbon Sacquet (Martin Freeman), prêt à en découdre dans « La Désolation de Smaug ». (Crédit: Warner Bros.)

Voilà 365 jours qu’on les attendait. Pour leur grand retour sur les écrans, sous l’objectif de Peter Jackson, Bilbon Sacquet et sa bande nous comblent de bonnes surprises. La Désolation de Smaug, deuxième volet de la saga adapté du roman de J.R.R. Tolkien, donne à voir une aventure plus savoureuse que la première.

Après l’affrontement avec l’abominable orque Azog et l’intervention des Aigles, le hobbit (Martin Freeman), le magicien Gandalf (Ian McKellen) et la compagnie des treize nains -Thorin Ecu-de-Chêne (Richard Armitage) en tête-, poursuivent leur chemin vers la cité d’Erebor pour en déloger le dragon Smaug et récupérer l’Arkenstone, attribut du pouvoir au Royaume sous la Montagne. Leur route les amène à passer par le val d’Anduin, la Forêt Noire et la ville d’Esgaroth où ils connaissent de nouvelles péripéties et font la connaissance de nouveaux alliés.

Images grandioses

Pour arriver à ses fins, Thorin (Richard Armitage) n'a pas peur de se mouiller. (Crédit : Warner Bros.)

Pour arriver à ses fins, Thorin (Richard Armitage) n’a pas peur de se mouiller. (Crédit: Warner Bros.)

Cette épopée, dans la continuité du premier film, parvient à nouveau à déclencher des rires. Grâce aux mimiques de l’excellent Martin Freeman, ses répliques malicieuses et à quelques moments insolites, comme cette scène où Thorin, toujours en colère contre le Roi des Elfes Thranduil (Lee Pace) laisse échapper une insulte dans sa langue natale, ou celle où le nain grognon Dwalin (Graham McTavish) sort d’un W.C. d’une maison sur pilotis (choisi comme cachette pour échapper à l’ennemi), la tête (chauve) la première.

L’ingéniosité du réalisateur néo-zélandais et sa vision de l’oeuvre de Tolkien laissent place à des images grandioses. Les caméras de modèle Epic, qui permettent des prises de vues à 48 images par seconde (au lieu des 24 habituelles) nous donnent cette fois moins le tournis et nous laissent le plus souvent bouche bée. On pense notamment au moment où Bilbon, perché au sommet d’un arbre, contemple au coucher du soleil une envolée de plusieurs centaines de papillons, dont la couleur des ailes vient se confondre avec celle du feuillage. Ou à cette séquence où les nains, embarqués à bord de tonneaux dans une rivière (façon bouées d’un parc d’attraction), combattent des orques en mouvement. Les chorégraphies des batailles, qu’elles aient lieu en milieu aquatique ou terrestre, avec épées, dagues ou arcs à bout de bras, sont toujours bien orchestrées.

Le frisson retrouvé du Seigneur des anneaux

Si Le Hobbit, dont l’ouvrage originel était destiné aux plus jeunes lors de sa parution en 1937, laissait présager, l’an passé, une aventure légère, ce n’est plus totalement le cas aujourd’hui. Respectant le schéma classique de l’opéra, Peter Jackson offre un deuxième acte beaucoup plus sombre que le premier, à l’image de la trilogie fondatrice Star Wars. D’abord parce que le paisible Bilbon, devenu plus courageux et téméraire, prend dangereusement goût au pouvoir de l’anneau, dérobé à Gollum, et dont il cache l’existence à ses compagnons d’infortune. Ensuite, parce que l’étendue du Mal se fait nettement sentir –en témoignent la révolte des orques, l’invasion des araignées géantes, toujours plus nombreuses (et terrifiantes) et la rencontre redoutée, un tantinet tendue, entre Gandalf et un certain Nécromancien…

En ce sens, Le Hobbit apparaît bien en tant que prequel du Seigneur des anneaux et ne se démarque pas des autres films plus « adultes » et tout aussi captivants de Peter Jackson. On verrait presque, en la personne humble et vaillante de Bard l’Archer, nouveau venu sous les traits de Luke Evans, le charismatique Aragorn (Viggo Mortensen). Le retour apprécié d’Orlando Bloom dans la peau de l’elfe blond platine Legolas, après dix ans d’absence, fait également office de solide passerelle entre les deux trilogies.

Décevante Tauriel

Tauriel, love touch de trop. (Crédit : Warner Bros.)

Tauriel (Evangeline Lilly), caution love en trop. (Crédit: Warner Bros.)

Concernant les autres personnages, l’elfe Tauriel interprétée par Evangeline Lilly (rendue célèbre grâce à la série télévisée Lost) reste la seule ombre au tableau. Déjà décriée par la communauté des fans de Tolkien (car n’existe pas dans le roman), la séduisante actrice (qui le reste, même avec des oreilles pointues et une chevelure factice excessivement longue) ne se contente pas de jouer avec brillo l’agile capitaine de la Garde Sylvestre, en nourrissant une passion inébranlable pour la justice. Non. Il a fallu qu’elle soit aussi au centre d’un triangle amoureux, partagée entre Legolas et le nain Kili (Aidan Turner).

Dans une interview au magazine Première, la comédienne de 34 ans confie: “Tolkien a écrit ce livre à une époque où les femmes formaient une sorte de “sous-communauté”. Ses romans sont très masculins. En 2013, il est inimaginable de réaliser un film de neuf heures en négligeant les femmes. Quel genre de message enverrait-on aux adolescentes? Qu’est-ce que ça dirait sur leur place dans le monde? Quand j’ai découvert Le Seigneur des anneaux au cinéma, chaque fois que Liv Tyler entrait dans le cadre, je poussais un soupir de soulagement:”Enfin une femme!”. Même moi j’avais besoin d’une pause dans ce déploiement de testostérone. Neuf heures sans femmes, avec seulement des orques, des guerriers bas du front ou des nains qui puent, merci bien!”.

Si seulement elle n’avait été qu’une héroïne badass, et qu’elle avait fait plier son entourage à la seule force de ses flèches (et non pas grâce à son joli minois), elle aurait peut-être fait taire les admirateurs de l’écrivain anglais. Hélas, dans les superproductions hollywoodiennes, même en 2013, exister en tant que femme sans faire les yeux doux est difficilement concevable.

ô Smaug le Prodigieux

Le clou du spectacle, summum du suspense, est bien entendu l’apparition tant attendue du dragon Smaug. LE personnage de ce deuxième volet. «Franchement, récits et chansons minimisent considérablement votre énormité, ô Smaug, le Prodigieux» lance Bilbon au monstre ailé, au moment fatidique de leur rencontre. Sa taille n’est pas son seul aspect impressionnant. Sa façon de se déplacer, sa voix grave qui se trouve être celle de Benedict Cumberbatch (méchant qui monte en grade à Hollywood) et déjà partenaire de Freeman sur le petit écran dans Sherlock, le sont également. Mais aussi sa cupidité, sa rage, ses attaques imprévisibles… Et sa faille légendaire. Parce que pour arriver au terme de la saga, il fallait bien qu’il en ai une…

Ces 2h41 épiques (difficile de faire moins long quand on s’appelle Peter Jackson) déboucheront probablement sur un nouveau milliard de dollars de recettes mondiales. Et rend impatient de découvrir L’Histoire d’un allé et d’un retour, troisième et dernier voyage du semi-homme, prévu pour le 17 décembre 2014.

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