Innorobo 2014 : le mythe du robot au cinéma

Dans la saga "Transformers" de Michael Bay, une guerre sans merci oppose depuis des temps immémoriaux deux races de robots extraterrestres.

Dans la saga « Transformers » de Michael Bay, une guerre sans merci oppose depuis des temps immémoriaux deux races de robots extraterrestres.

À l’occasion du salon lyonnais qui s’achève ce jeudi, l’écrivain Daniel Ichbiah décrypte pour DailyMegune technologie qui facilite le quotidien des consommateurs… autant qu’elle fascine les cinéastes. La réalité est encore loin de dépasser la fiction.

Les robots sont partout. Ils nettoient notre sol, impriment des objets en 3D, s’envolent pour l’espace. Au cinéma, il en va autrement. Cyborgs, humanoïdes, inventions 100% métalliques ou extraterrestres incarnent la milice d’un gouvernement tyrannique, des clones meurtriers et détournent les héros de leur destinée. Ils vont parfois jusqu’à s‘entretuer et n’assistent l’homme que lors de rares occasions, qu’il s’agisse de préserver l’avenir écologique de la Terre, de s’engager dans l’armée, d’être le fruit d’une passion amoureuse ou de s’improviser compagnon bienveillant d’un voyage initiatique.

Pour le spécialiste des nouvelles technologies Daniel Ichbiah, les robots sont ancrés dans l’imaginaire collectif comme des «machines super-puissantes douées d’une conscience» alors qu’ils ne sont constitués que de «simples boulons». Souvent présentés aux spectateurs comme des entités perfides et aux motivations néfastes, ils font office de redoutables menaces pour l’humanité… pourtant totalement irréalistes. «Cet engouement des réalisateurs et du public pour les films de robots s’explique par une fascination, un vieux fantasme liés à la Bible: celui de pouvoir créer un être vivant à sa son image. Certains programmeurs se considèrent comme de véritables Dieux. Mais les films de robots relèvent pour l’essentiel d’absurdités incroyables», explique l’auteur de Robots, genèse d’un peuple artificiel (Minerva, 2005). L’écrivain cite en exemple l’adaptation du roman d’Isaac Asimov I, Robot (réalisé par Alex Proyas en 2004), dans lequel «il n’existe qu’un seul et unique fabricant de robots pour toute une planète!».

«Le robot est voué à demeurer l’esclave bienheureux»

Si la réalité rattrape progressivement la fiction – Romeo, le robot humanoïde «made in France» vient d’être dévoilé au salon Innorobo 2014 et les exo-squelettes aperçus dans Iron ManElysium et bientôt Edge of Tomorrow existent déjà dans la vraie vie – nous sommes encore loin, après 74 ans d’innovations, des promesses spectaculaires du septième art. «Conçu par IBM, le programme Watson possède une forme d’intelligence proche de l’humain et présente en ce sens des perspectives intéressantes. On pourrait aussi très bien imaginer des robots pilotés à distance par l’homme, qui explorerait des contrées inhabitables, dans une dizaine d’années. Le roboticien Hiroshi Ishiguro a conçu un produit qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau, capable d’assurer à sa place des présentations aux quatre coins du globe. C’est beaucoup plus amusant qu’une visioconférence! Mais il faut garder en tête que le consommateur attend du comportement d’un robot celui d’un esclave bienheureux, qui exécute des tâches purement domestiques. Par exemple, le robot capable de faire un lit, n’a toujours pas été inventé!».

Nous sommes donc à des années lumières de hooligans artificiels ou de Sentinelles chargées de maintenir l’ordre façon Chappie ou X-Men Days of Future Past . Mais d’où vient alors le danger? «De l’addiction que procurent certaines technologies, et à laquelle fait référence le réalisateur Spike Jonze dans son dernier film, Her [dans lequel Joaquin Phoenix tombe amoureux d’une intelligence artificielle, NDLR]. Il provient de l’impossibilité de ne plus faire la différence entre la réalité et la fiction, je pense notamment aux enfants du Japon, où les jouets-robots sont particulièrement développés. Le danger peut se manifester le jour où les personnes pourront reproduire sous la forme d’un robot, des personnes décédées, un grand-père, un ami… Pour ce qui est de reproduire des célébrités, cela représente un marché gigantesque de plusieurs milliards, c’est indéniable. Et ça pourrait être amusant de voir dans notre salon les Stones jouer un concert mythique des années 1960 ou d’avoir Brad Pitt pour chauffeur. Mais cette possibilité met en lumière de dangereuses dérives».

Pour Daniel Ichbiah, les scénarios catastrophiques des blockbusters de science-fiction ne peuvent prendre forme dans notre société dans la mesure où la sécurité d’un robot est le critère de vente numéro un: «Personne n’achètera un robot si la notice le décrit comme capable de prendre le contrôle d’une ville, d’exterminer une population ou simplement de nuire. Le robot est dénué d’émotions. Il ne faut pas se tromper: c’est l’homme le génie, pas le robot. Ce dernier sera éternellement au service de l’homme». Le robot au cinéma, comme dans la réalité, est-il finalement le meilleur ami de l’homme ou son pire ennemi? «Un peu des deux. Votre voiture peut-être votre pire ennemie à la suite d’un accident comme elle peut être votre meilleure amie lorsqu’elle vous évite des heures de transports en commun. L’homme se satisfera du robot tant qu’il restera un esclave docile: l’homme ou la femme de ménage par excellence… et n’en attendra jamais vraiment plus». Voilà de quoi ternir les espoirs de beaucoup de cinéphiles… ou de geeks.

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Une réflexion sur “Innorobo 2014 : le mythe du robot au cinéma

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