«Saint Laurent» vs. «Get On Up» : le match des biopics

"Mirror Mirror on the wall, who Is the fairest of them all ?"

« Mirror mirror on the wall, who is the fairest of them all ? »

Mercredi dernier sortaient sur nos écrans deux films dédiés à deux génies, qui chacun à leur manière, ont marqué leur époque. Le premier, en compétition au dernier Festival de Cannes, était attendu au tournant. Réalisé par Bertrand Bonello (L’Apollonide, souvenirs de la maison close), ce biopic sur Yves Saint Laurent monte sur le podium près de neuf mois après la version de Jalil Lespert, approuvée en personne par le grand amour et mentor du célèbre couturier français, Pierre Bergé. Le second retrace le parcours du roi du funk James Brown derrière la caméra de Tate Taylor, à qui l’on doit l’adaptation larmoyante mais pas moins réussie de La Couleur des sentiments. Maintenant que le décor est planté, place à la compétition. Lequel des deux portraits m’a le plus emballée ?

Le personnage

Difficile de passer après un acteur aussi brillant que Pierre Niney pour incarner l’un des créateurs les plus talentueux de tous les temps. Pourtant, si l’intonation et les mimiques de Gaspard Ulliel dans la peau de ce dernier paraissent moins travaillées que celles de son prédécesseur, j’ai été troublée par son jeu et surtout par la ressemblance physique entre les deux hommes. Chevelure soignée, regard bleu profond, corps frêle et gestuelle délicate: Yves Saint Laurent reprend vie sous nos yeux.

Le charisme de Chadwick Boseman, habitué aux séries télévisées, est saisissant. S’il est loin d’être le jumeau de James Brown, en dépit d’innombrables perruques et d’un maquillage appuyé plutôt efficaces, son phrasé, ses pas de danse bluffants et ce feu qui l’habite en permanence assoient sa crédibilité. Ce n’est pas sa vraie voix qui a été utilisée lors des concerts ou des enregistrements en studio mais celle de l’artiste qu’il représente. Ce n’est pas un problème pour le spectateur, qui grâce à un playback réussi, se laisse entraîner par les mélodies endiablées. 

L’histoire

Deux personnages hauts en couleurs, qui ont chacun leur part d’ombre. Saint Laurent, qui se déroule de 1967 à 1976, dépeint la période la plus créative du couturier mais aussi la plus dramatique. Sa liaison (tordue) avec Jacques de Bascher (interprété par l’hypnotisant Louis Garrel), ses addictions à la drogue et à l’alcool, ses violentes disputes avec Pierre Bergé qui les ont conduit à vivre séparément: le portrait de Bonnello se veut particulièrement glauque. Une mise en abîme filmée de manière bordélique, manquant de dynamisme et comportant parfois des scènes inutiles. Je pense à ce drôle de parallèle entre les silhouettes qui descendent les marches d’un escalier et les images d’archives en noir et blanc de journaux télévisés ou encore à cette réunion d’affaire interminable où une jeune femme traduit simultanément les paroles de Bergé et d’un dirigeant de chez Squibb, avec qui il négocie le rachat de la maison de couture.

Dans Get On Up, le démon qui sommeille en James Brown n’apparaît que par bribes, le plus souvent lorsqu’il repense à son enfance douloureuse, abandonné par un père violent et une mère dépassée, puis élevé par une tante à la tête d’un bordel. Parfois même, ses coups de colère imprévisibles, son tempérament tyrannique ont une portée humoristique. Comme lors de cette scène d’ouverture, lorsqu’il débarque défoncé à son bureau et menace, armé d’un fusil, ses employés en pleine réunion, accusant l’un d’entre eux d’avoir utilisé ses toilettes sans son autorisation. Là aussi, l’ordre choisi pour raconter la vie de l’artiste n’est pas chronologique mais certains éléments, de ses surnoms apposés sous les années qui s’affichent à l’écran, aux nombreux regards caméras, en passant par la fluidité de la réalisation contribuent à captiver en permanence le spectateur.

La musique

Sur ce point, on se doute que le combat est gagné d’avance. Get On Up m’a fait littéralement dansé sur mon siège plus d’une fois. Et c’est de là, à mes yeux, que vient la plus grande force du film: un rythme entraînant, des premières images au générique de fin. La bande-originale de Saint Laurent, dédié à une rock star de la mode, est, elle aussi, remarquable. Plusieurs tubes enivrants de l’époque, comme I Put A Spell On You de Creedence Clearwater Revival, participent à l’immersion totale du public dans les seventies. Et particulièrement lors des virées, nombreuses, d’Yves Saint Laurent et sa bande en boîte de nuit. 

And the winner is…

Bertrand Bonello m’a fait rire une fois, lorsque Valeria Bruni Tedeschi, sous les traits d’une cliente un peu coincée, se laisse doucement convaincre par Saint Laurent de porter un tailleur. Puis m’a plutôt ennuyée le reste du temps. Tate Taylor m’a fait rire… pleuré, tapé du pied et remué la tête. Le parcours du combattant du réalisateur français pour présenter sa propre version du créateur est indéniablement louable et pèsera peut-être dans la balance au moment de la délibération du jury aux Oscars (dans la catégorie Meilleur film étranger). Mais ses efforts, et le résultat qui en découle, ne m’ont pas séduite. Get On Up sort victorieux de cet affrontement.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s