Beyoncé et Rihanna au Stade de France : entre extravagance et simplicité

BeyRiri

Body en latex pour Bey, cuissardes en cuir pour Riri: que celui qui ne les trouve pas sexy leur jette la première pierre. (Crédit: DailyMeg)

Ce n’est sûrement pas la première fois que vous lisez une comparaison entre les deux divas du R’n’B. En tant que groupie inconditionnelle de la leader des Destiny’s Child, jamais je n’aurais pensé un jour la situer au même niveau qu’une autre artiste. Les deux femmes ont partagé la même scène à dix jours d’intervalle. J’ai eu la chance d’assister à leurs concerts. L’occasion était trop belle pour la manquer.

Se procurer une place pour un concert de Beyoncé est toujours un grand moment. Après avoir été subjuguée par sa performance aux côtés de son mari Jay Z, en septembre 2014, je n’aurais manqué pour rien au monde sa tournée en solo. Je m’y suis donc prise cinq mois à l’avance pour obtenir le Saint Graal… guettant dans ma boîte mail une semaine durant, l’arrivée du fameux code BeyHive qui permet l’achat en question en édition limitée. Vous devinez mon état d’excitation le jour J. Une fois entrée dans l’arène où la guerrière allait faire son entrée sur Formation, j’ai constaté avec une grande déception que ma position en pelouse classique me permettrait tout juste de voir sa crinière blonde flotter au vent. L’amie qui m’accompagnait et moi n’avions pas pris assez d’avance pour être suffisamment bien placées. Un conseil, donc, si vous souhaitez crier votre amour à votre idole au Stade de France: oubliez les gradins et quitte à devoir casser la tirelire, choisissez l’emplacement au plus proche de la scène. Le lieu est si immense, la foule si imposante… À quoi bon se déplacer pour un écran géant ou lutter, smartphone en main (et zoom puissance maximale), pour des images qui n’imprègnent pas pleinement la rétine?

Une énergie sans limite

Cette frustration ne m’a jamais vraiment quittée tout au long du show: deux heures et une trentaine de titres pourtant grandioses. En guise de décor: un gigantesque cube pivotant, où défilent des images de Lemonade, le dernier album de la chanteuse qu’elle a voulu particulièrement visuel, ainsi que des séquences de «Queen B» à la beauté hypnotisante, spécialement conçues pour The Formation World Tour. Les chorégraphies sont parfaites. L’enchaînement des tableaux millimétré. La Reine et ses abeilles tour à tour féroces, voluptueuses, irrésistibles. Certains passages se distinguent par leur grâce: une danseuse prouve sa souplesse, suspendue au dessus du vide dans une sculpture argentée; un hommage à Prince, durant lequel les spectateurs entonnent Purple Rain face au fameux cube, illuminé en violet pour l’occasion; des confettis tombent du ciel sur Party; et cette danse dans un petit bassin d’eau sur Freedom, évoquant l’esclavagisme noir. Beyoncé, performeuse hors pair, déborde d’énergie. Lorsqu’elle n’envoûte pas la foule par ses mouvements de bassin et son regard de braise, c’est par sa voix puissante qu’elle charme son public. A capella avec notamment Me, Myself and I et Love On Top, accompagnée d’instruments… ou de ses fans qui connaissent par cœur 99% de ses tubes. La qualité des effets sonores et visuels est irréprochable. Les clins d’œil musicaux qui se glissent ici et là (I’m Sorry de Brenda Lee, Bam Bam de Sister Nancy…), les mash ups et les interludes sont superbement orchestrés. Ce jeudi 21 juillet, je me suis endormie avec la sensation douce-amère d’avoir vécu un beau moment passé beaucoup trop vite.

Un peu plus d’une semaine plus tard (et moyennant une centaine d’euros en plus), me voilà prête à noyer ma nostalgie dans la file d’attente menant au Golden Circle de l’ANTI World Tour. Ce 31 juillet, aucune frustration possible: à 17 heures pétantes, je me trouve à quelques mètres de la scène, brûlant d’impatience de découvrir pour la première fois en live, l’interprète de Bitch Better Have My Money. Au concert de Beyoncé, l’apparition surprise des Twins, les prestations de Youssoupha et de Black M ainsi que la parenthèse enchantée des sœurs Chloe x Halle ont assuré la première partie, moyennement réussie. Au concert de Rihanna, la venue de DJ Mustard et de Big Sean font danser le public durant une bonne heure, créant une ambiance conviviale et électrique. La princesse de la Barbade se fait longtemps désirer. Les spectateurs, moi y compris, ne savent plus où donner de la tête: fera-t-elle son apparition au milieu de la fosse? Sur la scène principale? Surgira-t-elle de nulle part au bout d’un fil, à la manière d’un numéro de cirque des plus spectaculaires? Un câble qui se déroule, un assistant technique qui ajuste son casque, un projecteur qui se tourne: le moindre mouvement suffit à mettre en alerte le public. Autour de 22 heures, alors que la tension atteint son paroxysme, «Bad Gal Riri» arrive enfin, tout de blanc vêtue, le visage dissimulé par le capuchon de son peignoir. Sa première chanson, Stay, annonce la couleur du spectacle, à l’opposé de celui de sa rivale: intimiste, sobre, «détente».

Une sensualité exacerbée

Si on met de côté les premières minutes du show, où Rihanna danse lascivement dans une passerelle en verre suspendue au-dessus du public, les artifices sont quasi inexistants. Pas de squad, ni de prouesses pyrotechniques. Pas de chorégraphies millimétrées ni d’a capella débordants d’émotion. Mais un trio de danseurs étonnant qui synchronisent leurs pas et désarticulent leurs membres, sans douleur aucune; un duo de panthères qui maîtrisent à la perfection l’art du voguing; une toile blanche gigantesque où s’écoule lentement de la mousse; un solo d’un guitariste de près de deux minutes sur Desperado… Malgré des soucis techniques, Rihanna, imperturbable, donne de sa voix suave et de son corps à la sensualité exacerbée, comme si elle se trouvait dans son salon. Fausse nonchalance et amour sans faille pour la musique se lisent à travers ses mouvements: lorsqu’elle claque ses doigts, fronce les sourcils, se déplace d’un bout à l’autre de la scène. Elle marque des pauses fréquentes pour boire à sa gourde. Disparaît via une trappe mécanique. Puis réapparaît dans une tenue différente. Cuissardes, combinaison transparente à franges (qui fait son petit effet sur Work), body décolleté porté avec un costume d’homme XXL: l’égérie Dior, tout comme Beyoncé, a prévu l’attirail pour mettre en valeur la moindre de ses courbes. Pas de clins d’œil musicaux non plus, si ce n’est un mash up inattendu entre le remix de Calvin Harris How Deep Is Your Love et We Found Love, le tube aux sonorités électro de la principale intéressée. Un hommage, cette fois, aux victimes des attentats du 13 novembre sur Diamonds, durant lequel les deux écrans de part et d’autre de la scène revêtent le drapeau tricolore: le moment le plus touchant du concert. Une heure et demi plus tard, je ressors du complexe sportif les pieds en compote… pleinement satisfaite.

Beyoncé aura toujours une place dominante dans mon esprit, en dépit de la polémique qui l’entoure ces derniers jours. Pour ses chansons qui ne m’ont jamais déçue, pour l’image de femme combative qu’elle dégage, pour le modèle de réussite qu’elle inspire à tous les niveaux, pour les causes qu’elle fait avancer aux États-Unis. Le talent de Rihanna, son côté sombre et rebelle qui transpire dans ses derniers albums, son attitude badass qu’elle exploite de plus en plus, forcent aussi mon admiration. Si les deux pop stars se distinguent par leur style et leur personnalité, quand bien même leur sincérité se frotte à un business méticuleusement alimenté, elles feront longtemps partie des rares artistes pour lesquelles je téléchargerai des disques, en toute légalité.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s