Cinéma (français) à fleur de peau

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La France a trois incroyables talents.

Je le dis souvent, le cinéma français n’est pas ma tasse de thé. Pourtant, derrière ou devant la caméra des derniers films qui m’ont pris aux tripes récemment, des réalisatrices et un casting bien de chez nous. Divines d’Houda Benyamina, Juste la fin du monde de Xavier Dolan et La Danseuse de Stéphanie Di Giusto. Trois longs métrages qui ont connu leurs petits et grands moment de reconnaissance cannoise, trois histoires qui chacune à leur manière méritent que l’on crie trois fois «Cocorico».

Difficile de ne pas penser à Bande de filles de Céline Sciamma en découvrant Divines, où l’on suit deux adolescentes d’une cité qui «choisissent» le deal de drogues comme porte de sortie vers la gloire. Première claque lorsque Dounia (Oulaya Amamra) se rebelle contre sa professeur de lycée, lui assenant qu’elle ne se contentera jamais d’une vie monotone, payée au smic, sans avenir. Deuxième claque lorsqu’elle hurle à sa mère qu’elle ne veut plus être surnommée «la bâtarde». Troisième claque, la plus douloureuse, lors des dernières minutes du film, qui révèlent toute l’horreur d’un système français immuable malgré les éternelles belles promesses des politiques. C’est la première fois que je hurle de rage au cinéma. Les spectateurs qui m’entouraient n’existaient plus. L’espace d’un instant, je me trouvais de l’autre côté de l’écran, entourée de jeunes prêts à balancer leurs cocktails Molotov, les yeux embués et la boule au ventre. Ici, nulle reprise d’un tube de Rihanna en guise de scène d’anthologie mais une virée en voiture mimée par Dounia et sa meilleure amie Maimouna (Déborah Lukumuena), symbole d’une relation indestructible, touchante.

Chez Dolan, c’est tout le film, pourtant court, qui retourne l’estomac. Un huit clos où l’on suit Louis (Gaspard Ulliel) rendre visite à ses proches, après douze ans d’absence, pour leur annoncer qu’il est mourant. Le synopsis présageait à lui seul un tableau pas super joyeux. Gros plans sombres, non-dits par dizaines, cris, pleurs, poings qui se lèvent, regards intenses, longs silences, chaleur étouffante. Chacun et chacune se bat avec ses petits démons intérieurs. L’occasion est parfaite pour rectifier les tirs manqués du passé. Pourtant, personne ne dégaine. On se risque à sortir de la boîte de Pandore quelques rares souvenirs heureux pour mieux faire abstraction des tabous. On tente de rire, un peu. La tension montre crescendo jusqu’à l’implosion du frère du héros (Vincent Cassel). Louis retourne chez lui sans avoir prononcé les mots qui l’avaient motivé à faire le déplacement. Sa belle-sœur discrète (Marion Cotillard), à son regard, avait tout compris. Le spectateur, lui, se pose un milliard de questions. Puis s’en va, nostalgique, télécharger de vieux titres de Moby (choisi pour le générique de fin), histoire d’oublier son mal de ventre.

Dans La Danseuse, l’émotion est due à la principale intéressée, Loïe Fuller, interprétée par la talentueuse Soko. Ses représentations qui l’ont rendue célèbre sont d’une beauté à couper le souffle. Ses joies, quand elle dessine les premières bribes de son spectacle, quand elle fait tournoyer ses fameux draps de soie immenses jusqu’à l’épuisement, quand elle tombe amoureuse de la vaniteuse Isadora Duncan (Lily-Rose Depp, qu’on imagine parfaitement égale à son personnage dans la vraie vie) sont communicatives. Ses peines, lorsque le succès n’est pas (toujours) au rendez-vous, lorsqu’elle doute de son don, lorsqu’elle est rejetée par cette même peste d’Isadora Duncan, transpercent le cœur. De même que l’amour à sens unique que ressent à son égard son compagnon de fortune accro à l’opium, et premier soutien: Louis (un autre Louis), interprété (encore) par Gaspard Ulliel. La douleur physique que Loïe Fuller éprouve à force de porter de lourdes baguettes de bois et d’être aveuglée par des éclairages trop puissants, devient elle-aussi difficilement supportable… Heureusement, avec le dénouement positif du film vient l’apaisement.

Le cinéma français n’a pas un goût si amer. Avec ces femmes et ces hommes brillants, qui n’ont (presque) plus rien à prouver ou qui débutent -l’œil pétillant et l’âme conquérante-, il peut encore surprendre.

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