Love Me Tender

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Ah l’Amour au cinéma… Vaste sujet qui mérite, en ces temps obscures, de s’y attarder un peu. J’entends déjà les plus sceptiques s’esclaffer, résumant le genre, aujourd’hui, à des suites d’adaptations potaches de type Bridget Jones, ou à haut potentiel parodique, telles Cinquante nuances de Grey. Pourtant, le coup de foudre pour un film parlant d’amour, sans que ça en soit nécessairement le sujet principal, est encore possible en 2017. En un mois, je compte déjà quatre exemples pour le prouver. La La Land de Damien Chazelle, Moonlight de Barry Jenkins, Loving de Jeff Nichols et Fences de Denzel Washington. Tous étaient donnés gagnants aux Oscars. Le premier a tout raflé, sauf la statuette du meilleur long métrage, décernée à la surprise générale, au deuxième. Le troisième est reparti bredouille. Le quatrième a permis à Viola Davis de briller en tant que meilleure actrice dans un second rôle. Ces histoires de cœurs brisés n’ont laissé personne indifférent.

Face à La La Land, certains s’indignent d’y voir une ode à la suprématie blanche, un héros prétentieux et macho, une leçon de jazz médiocre, une carte postale de Los Angeles trop parfaite pour être réellement appréciée. D’autres, comme moi, n’ont prêté attention qu’à une seule chose: la relation entre Mia (Emma Stone) et Sebastian (Ryan Gosling). En dépit de scènes rayonnantes de jolies couleurs, de légèreté et de joie, en hommage (réussi) aux comédies musicales les plus célèbres du septième art, le tandem harmonieux de Crazy, Stupid, Love et Gangster Squad connaît aussi ses moments imparfaits, qu’on peut avoir expérimenté dans la vraie vie. Un premier baiser interrompu, une divergence de goûts culturels ou de principes, un désaccord, puis un autre qui se transforme en dispute, une prise de conscience douloureuse au cours de laquelle les deux artistes comprennent que leur envie d’atteindre leur objectif de carrière dépasse leur souhait de vivre pleinement leur bonheur à deux. Pas de happy end donc (et tant mieux, l’inverse aurait donné l’impression désagréable d’avoir mangé trop de bonbons) mais une douce morale: les histoires d’amour finissent mal en général, mais n’en restent pas moins belles.

Quel beau pied de nez à l’Amérique gerbante que cet Oscar à Moonlight, qui raconte en trois chapitres, le parcours semé d’embûches de Chiron, un jeune afro-américain homosexuel qui grandit dans un quartier difficile de Miami. Outre les scènes de violence (avec une mère accro au crack et des camarades de lycée d’une cruauté sans pareille), la splendeur des ralentis et la bande originale percutante, la beauté du film, sous le prisme de l’Amour, est ici multiple. Elle apparaît d’abord à l’enfance du héros, à travers l’éducation qu’il reçoit d’un inconnu, qui à force de croiser sa route, deviendra son père de substitution (Mahershala Ali, dont ce rôle lui va comme un gant). Puis à son adolescence, dans le regard qu’il porte à son ami qui lui fera connaître sa première fois, la seule personne avec qui il s’est senti lui-même et qu’il n’oubliera jamais. Enfin à l’âge adulte, alors qu’il souffre de sa solitude et du fait de ne ne jamais pouvoir s’assumer, camouflé sous des muscles et chaînes en or façon 50 Cent, suivant la trace de son père de cœur.

S’aimer au cinéma, c’est aussi s’aimer au dessus des lois ségrégationnistes de l’Amérique des sixties, comme Mildred (Ruth Negga) et Richard (Joel Edgerton) Loving, dans le film-hommage qui porte leur nom. Un nom d’une puissance symbolique sans égale qui se dresse quarante-ans après que leur union, empêchée par l’Etat de Virginie soit enfin reconnue par la Cour Suprême, comme un étendard venant flotter fièrement au-dessus des magistrats qui s’acharnent à séparer deux êtres, cachés derrière une législation vide de sens. L’amour au cinéma s’avère parfois inconditionnel comme le prouve Fences où Rose Maxson (Viola Davis) accepte tout de son mari Roy (Denzel Washington): son penchant pour l’alcool, ses plaintes, ses histoires drôles qu’il répète en boucle, sa sévérité à l’égard de leur fils, son infidélité et l’enfant illégitime qui en découle, qu’elle finit par élever comme son propre enfant, ses démons intérieurs… Une femme terriblement blessée qui continue à aimer un homme qu’elle a toujours admiré, soutenu, compris. Parce que cet homme revient de loin, parce que lui aussi a souffert du comportement de son propre père, parce que derrière cette façade dure, presque cruelle, se cache un cœur qui bat. L’Amour au cinéma…

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