Envie d’un plan docu ?

Docu

À quelques jours du second tour de l’élection présidentielle, quoi de mieux pour rester éveillé, face aux personnes et aux cultures qui façonnent notre monde, qu’un bon documentaire? Trois, en salles en avril, ont satisfait ma curiosité. Quelques pistes pour vous guider dans votre choix, si vous avez le temps de n’en visionner qu’un !

Pour donner du cœur à l’ouvrage

Avec L’Opéra de Jean-Stéphane Bron, le spectateur pénètre les coulisses de l’Opéra de Paris, filmés durant une saison, entre janvier 2015 et juillet 2016. Il suit l’arrivée d’un jeune baryton russe qui, son niveau de français étant loin d’être fluide, peine à se faire comprendre. Il s’attendrit devant ses yeux noirs ébahis, signes d’une admiration pure pour l’art qu’il sert et les professionnels qui l’entourent, mondialement reconnus. Le spectateur s’émeut face à des enfants qui bénéficient d’un programme de démocratisation culturelle et apprennent à jouer d’instruments à corde avec une grâce bouleversante. Il s’amuse du recours, délicat et impressionnant, à un vrai taureau pour Moïse et Aaron. Souffre en même temps qu’une danseuse étoile, qui, étendue au sol, peine à reprendre son souffle. Écoute les paroles d’un directeur impliqué, sans pour autant les boire… Stéphane Lissner semble profiter de chaque moment où la caméra se pose sur lui pour parfaire son image et celle de l’institution qu’il commande: lorsqu’il parle d’un chœur bourru de travail envers qui il faut à tout prix témoigner de la reconnaissance; lorsqu’il aborde, en réunion de crise, les prix exorbitants de places, encore et toujours adressées à une élite; lorsqu’il se justifie de ses innombrables années d’expérience dans le monde du spectacle, face à un Benjamin Millepied en colère au bout du fil. Mais surtout, le spectateur s’émerveille aux côtés d’hommes et de femmes déterminés et pleins d’espoir, qui défendent coûte que coûte leur passion, l’Opéra, l’excellence, jusqu’au bout.

Pour se faire entendre

À voix haute de Stéphane De Freitas et Ladj Ly a fait beaucoup de bruit lors de sa première diffusion sur France 2, en novembre 2016. Ceux qui comme moi, ont aussi loupé le coche du replay, accessible en ligne sur une durée limitée, se réjouiront à coup sûr de cette séance de rattrapage au cinéma. D’abord parce que ce groupe d’étudiants de l’université de Saint-Denis, en lice pour le concours du meilleur orateur du 93, brisent les clichés dans lesquels ils se retrouvent trop souvent enfermés. Oui, les jeunes de banlieue ont une cervelle et savent l’utiliser. Oui, les mots peuvent être aussi puissants que des cocktails Molotov. Oui, ces jeunes poursuivent des rêves et se démènent pour les réaliser. À voix haute touche aussi par ces apartés, où la caméra s’éloigne du groupe et se recentre sur un(e) élève, pour en faire un bref portrait intime. On apprend alors qu’Eddy parcourt de longs kilomètres pour se rendre à l’école, sans s’en plaindre, apaisé par le silence de la campagne qu’il traverse. Qu’Elhadj a vécu dans la rue, après qu’un incendie a ravagé son immeuble. Que Leïla, d’origine syrienne, défend avec ferveur la place des femmes dans la société et le port du voile dès lors qu’il n’est pas imposé, démontrant que féminisme et religion ne sont pas incompatibles. Que Souleïla, à l’énergie théâtrale débordante, vit seule avec sa grand-mère, son unique soutien familial. Les cours dispensés à ces talents en herbe par un slameur, une metteuse en scène, un avocat et une professeure de chant donnent lieu à des scènes cocasses ou de tensions, qui font tour à tour rire et pleurer. Les plus réservés s’ouvrent aux autres au fil des semaines, les plus téméraires affirment leurs idées. Chacun(e), à sa manière, mène son combat à coup de rimes et de figures de style. À voix haute témoigne d’une solidarité contagieuse et d’une profonde humanité.

Pour prendre son envol

Direction la Mongolie avec La Jeune fille et son aigle d’Otto Bell, où l’on fait la connaissance d’Aisholpan, 13 ans, apprentie chasseuse de renards. La beauté des paysages, souvent filmés en hauteur, comme si la caméra renvoyait le point de vue d’un aigle, est subjuguante. Ne vous fiez pas aux tresses de l’héroïne qu’elle s’amuse à décorer de gros nœuds, ni aux ongles de ses mains qu’elle se plaît à vernir: l’intrépide et l’étonnante Aisholpan n’a pas peur d’en découdre avec la féroce bête ailée qui lui sert d’alliée. Le regard bienveillant que pose sur elle sa mère, qui admire sa force de caractère malgré qu’elle ne partage pas sa passion, et surtout la complicité qui la lie à son père, qui brave les interdits imposés par ses ancêtres en lui enseignant une pratique réservée aux hommes, sont particulièrement touchants. Il y a une forme de suspense dans ce parcours initiatique rythmé par trois événements, que sont le vol du jeune aigle (qui s’est déroulé le 4 juillet 2014), le Festival de l’Aigle (octobre 2014) et la Chasse Hivernale (février 2015). Aisholpan atteindra-t-elle son but? La tribu nomade qui l’a vue grandir finira-t-elle par l’accepter, elle et sa vocation? Il y a surtout de l’émerveillement face à cette terre couverte de neige à perte de vue, ces aigles aux regards vifs, ce cri si particulier que prononce Aisholpan pour ramener à elle son partenaire sauvage qui se laisse dompter. Une exaltation certaine face à ce vécu si éloigné de notre quotidien, qui donne l’impression de participer à un épisode de Rendez-vous en terre inconnue. La guest star ici est Daisy Ridley (Star Wars VII), choisie comme narratrice du documentaire.

 

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